Roselyne Bachelot, seule députée de droite à voter pour le Pacs.
Roselyne Bachelot, seule députée de droite à voter pour le Pacs. — BALTEL/SIPA

INTERVIEW

Roselyne Bachelot sur le Pacs: «Cette bataille des idées, je l’ai finalement gagnée»

L'ex députée était la seule à droite à défendre le Pacs lors des débats il y a 15 ans...

Le Pacs (Pacte civil de solidarité) est aujourd’hui entré dans les mœurs. Mais il y a quinze ans, le sujet déchaînait les passions. Roselyne Bachelot a été la seule députée à droite à voter pour son adoption. L’élue RPR (Rassemblement pour la République) prononce en 1998 un discours resté célèbre en faveur du pacte au perchoir de l’Assemblée Nationale. Elle revient pour 20 Minutes sur «ces pressions considérables» subies à l'époque.

Vous étiez isolée à droite, comment l’avez-vous vécu?

Mon combat n’a pas été guidé par un effet de mode. J’ai fait partie d‘un petit groupe de personnes qui, dans les années 1990, dans l’indifférence et l’hostilité générale à droite comme à gauche, militait pour ce contrat ouvert aux couples homosexuels. Je menais ce combat de longue main, sans me demander si c’était un bon coup politique ou ce qu’allaient en penser mes amis à droite.

Ça a été difficile, mais je dois reconnaître que mon parti n’a jamais exercé de pression sur moi. Philippe Seguin, alors président du RPR, me disait «Bats-toi jusqu’au bout!» Peut-être savait-il que faire pression sur moi produit l'inverse de l'effet recherché.Cette bataille des idées, je l’ai finalement gagnée, y compris dans ma famille politique.

Pourtant après votre discours, vous versez quelques larmes…

Je n’ai pas de larmes! Je ne pleure pas! Je suis extrêmement concentrée, très émue mais je ne pleure pas! Oui ça a été d’une violence extrême. En particulier dans ma circonscription [Maine-et-Loire], j’ai été traduite devant un véritable tribunal populaire de militants. On m’a dit: «tu n’as pas à avoir d’opinions personnelles! Tu dois être l’expression du groupe». Les militants appelaient à ma démission, déchiraient leur carte du parti. J’ai été convoquée par l’évêque d’Angers pour me faire la morale. Il est bien tombé, le garçon! J’ai été soumis à des pressions considérables, mais moi ça me renforce.

Beaucoup de haine, mais aussi de l’amour?

Ce qui a été absolument extraordinaire, c'est l'histoire de ce discours. Un homme m’a interpellée un jour à un quai de métro et me l’a récité par cœur. Ça m’a beaucoup touchée. J’ai reçu des dizaines de mots de soutien, même des gens de droite qui n’avaient pas l’intention de voter le Pacs mais que j’avais touchés. Je me souviens de ce mot d’un parlementaire. «Je me demande parfois quel est notre rôle ici dans l’Assemblée. En t’écoutant, j’ai compris pourquoi on était là».

Comment expliquez-vous que le Pacs se soit banalisé?

Un certain nombre de parlementaires de droite n’étaient pas opposé au Pacs par conviction mais par pure opportunité. L’opposition s’est ressourcée dans ce combat. «On réalise un super coup, on a mis Jospin en échec», me disait-on. Mais une fois la mousse retombée, les parlementaires se sont ressaisis.

On a aussi fait évoluer les esprits. La société était plus en avance que les députés qui siégeaient au parlement. Les premiers sondages parus après le vote montraient cette évolution, même à droite. Quelques mois plus tard, Nicolas Sarkozy a reconnu avoir fait une erreur à propos du Pacs lors des universités d’été des jeunes RPR.

Pensez-vous que le mariage homosexuel suivra la même évolution?

Oui, on voit déjà les choses évoluées. Il y a aura plusieurs dizaines de milliers de mariages d’ici 2017. Ces personnes seront entourées par des mamies, des papys, des oncles, dont certains opposés au mariage homosexuel diront finalement «Mais qu’est ce qui nous a pris?» On est déjà venu me voir pour me dire «J’étais plutôt contre, mais quand je les vois si heureux»…Ces lois sociétales ont un effet cliquet, on ne reviendra jamais dessus.

Cela ne vous a pas manqué de pouvoir tenir un discours fort comme sur le Pacs?

Oui ça m’a manqué… Mais la politique ne me manque pas pour autant. J’ai participé aux manifestations pour le mariage pour tous. Dans le cadre de mon nouveau métier de chroniqueuse, j’ai donné mon avis. La politique ne se fait pas en étant seulement parlementaire, bien heureusement!