Un nouvel antisémitisme prospère, les vieux préjugés d'extrême droite aussi

SOCIETE Les résultats d'une double enquête d'opinion semblent confirmer l'hypothèse d'un «nouvel antisémitisme» dans la population musulmane, et battre en brèche l'idée d'une «normalisation» chez les sympathisants du FN...

20 Minutes avec AFP

— 

Un juif de 19 ans, proche de la Ligue de défense juive (LDJ), a porté plainte après avoir été agressé par une dizaine de personnes et légèrement blessé jeudi devant son domicile à Bobigny
Un juif de 19 ans, proche de la Ligue de défense juive (LDJ), a porté plainte après avoir été agressé par une dizaine de personnes et légèrement blessé jeudi devant son domicile à Bobigny — Thomas Samson AFP

Qui véhicule le plus de préjugés contre les Juifs ? La Fondation pour l'innovation politique (Fondapol), un think tank d'obédience libérale, a rendu publics vendredi de «nouveaux éclairages» sur «l'antisémitisme dans l'opinion publique française». Ils proviennent de deux enquêtes Ifop menées pour vérifier les hypothèses du rapport de Jean-Christophe Rufin sur la lutte contre le racisme et l'antisémitisme, remis en 2004 [pdf].

Ce document notait, selon la Fondapol, «une diminution du rôle de l'extrême droite dans la responsabilité des violences antisémites et, en revanche, une augmentation de celui d'une frange de la jeunesse issue de l'immigration». Dix ans plus tard, «ce qui est confirmé par rapport au rapport Rufin, c'est l'émergence et l'affirmation d'un nouvel antisémitisme qui s'apprécient parmi les musulmans vivant en France», a indiqué à la presse le directeur général de la Fondapol, Dominique Reynié.

Le FN n'est pas «un parti qui s'est normalisé»

Mais «cette enquête met fin pour moi à l'idée d'un parti qui s'est normalisé», ajoute le politologue, pour qui «les sympathisants du FN et ses électeurs ressemblent davantage au discours du fondateur du parti qu'au discours plus policé que sa nouvelle présidente s'efforce de mettre en scène».

Ainsi, 53% des proches du FN et 49% des électeurs de Marine Le Pen en 2012 déclarent vouloir éviter un président de la République juif, contre 21% dans l'ensemble de l'échantillon. Et ils sont plus de deux fois plus nombreux que la moyenne (29% contre 12%) à ne pas être d'accord avec l'affirmation selon laquelle «il est important d'enseigner la Shoah aux jeunes générations afin d'éviter que cela se reproduise».

Les préjugés plus répandus chez les musulmans et «la mouvance du Front de gauche»

La Fondapol relève en outre que «les musulmans répondants sont deux à trois fois plus nombreux que la moyenne à partager des préjugés contre les Juifs», tout en notant que «la proportion est d'autant plus grande que la personne interrogée déclare un engagement plus grand dans la religion». Ainsi, 43% des Français déclarant seulement une «origine musulmane» jugent que «les Juifs ont trop de pouvoir dans le domaine de l'économie et de la finance» (25% dans la société française), contre 69% chez les croyants et 74% des pratiquants.

Troisième «point d'incandescence», mais à un moindre degré, selon la Fondapol: «la mouvance du Front de gauche», au sein de laquelle «les préjugés contre les Juifs sont plus répandus» que chez l'ensemble des Français.

La première enquête Ifop a été menée par questionnaire auto-administré en ligne du 26 au 30 septembre auprès d'un échantillon de 1.005 personnes représentatif des Français âgés de 16 ans et plus; la seconde a concerné 575 personnes de 16 ans et plus déclarant être nées dans une famille musulmane, et interviewées du 4 au 9 octobre, dans la rue «pour obtenir un groupe d'une meilleure qualité» selon Dominique Reynié.