Mort de Rémi Fraisse: Cinq mensonges et arrangements des autorités avec la réalité

DECRYPTAGE Le ministre de l’Intérieur est au pied du mur…

William Molinié

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Portrait de Rémi Fraisse déposé à Toulouse lors d'un hommage en sa mémoire le 1er novembre 2014
Portrait de Rémi Fraisse déposé à Toulouse lors d'un hommage en sa mémoire le 1er novembre 2014 — Remy Gabalda AFP

Attaqué à droite mais aussi dans son propre camp. Le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, va déjeuner ce jeudi midi avec une demi-douzaine de députés de la majorité. Son but? Déminer l’affaire Fraisse et convaincre les ténors du PS qu’il n’a pas tardé à dire la vérité des circonstances dans lesquelles Rémi Fraisse a trouvé la mort lors d’une manifestation sur le barrage de Sivens le 26 octobre.

Invité ce jeudi matin sur France Inter, le ministre de l’Intérieur s’est défendu d’avoir caché la vérité. Sa stratégie de défense est fébrile. Mais il n’est pas le seul. Gendarmes, procureur, préfet, Garde des Sceaux ont eux aussi leur part de responsabilité. Ou quand les autorités mentent par omission et s’arrangent avec la réalité…

 

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Cazeneuve ne pouvait pas ignorer les causes de la mort

C’est le principal reproche qu’on peut lui faire. Pourquoi a-t-il attendu 48 heures avant de reconnaître qu’une grenade offensive était à l’origine de la mort de Rémi Fraisse? Selon les procès-verbaux des gendarmes, dévoilés par Le Monde et Mediapart, les forces de l’ordre avaient très rapidement compris – dans les heures qui ont suivi le drame – qu’une grenade offensive était à l’origine du drame.

«Un opposant blessé par [une grenade de type] OF [offensive]», transmettent les gendarmes à leurs supérieurs à 1h45 dans la nuit de samedi à dimanche avant d'aller récupérer le corps inerte de Rémi Fraisse. Après la constatation du décès, les gendarmes procèdent aux premières auditions entre 3h30 et 4h30. Vers 4h, un médecin pratique un premier examen médico-légal du corps et conclut à «un décès provoqué par une explosion». Mais Bernard Cazeneuve attendra 19h35 le dimanche pour publier un communiqué de presse. Il y évoque a minima «le corps d’un jeune homme découvert vers 2 heures». Et ne mentionne pas la mort due à une explosion.

Taubira forcément au courant

Peu de monde a relevé le silence de la ministre de la justice, Christiane Taubira. Pourtant, si le processus ordinaire de remontée de l'information a été suivi (rien n'indique aujourd'hui qu'il ne l'a pas été), la ministre était, elle aussi, forcément au courant de l’enquête et donc des causes de la mort de Rémi Fraisse. Ainsi, les officiers de police judiciaire de la section de recherche de Toulouse, chargés de l’enquête, ont transmis les informations à l’autorité judiciaire. Laquelle, comme il se doit via le procureur d’Albi, les a fait remonter jusqu’à la Chancellerie. L’annonce des causes de la mort de Rémi Fraisse ne se fera que le mardi 28 octobre à 17h par le procureur d’Albi.

La préfecture du Tarn n’avance qu’une seule grenade lancée

Au lendemain du drame, la préfecture du Tarn n’a avancé «en off» qu’une «seule grenade offensive» lancée sur les manifestants par les gendarmes, relève Libération dans son édition du jour. Alors que l’enquête a établi que les forces de l’ordre en avaient lancé 42…

Le patron des gendarmes se défausse

Dans son communiqué publié lundi 27 octobre, soit après la préfecture du Tarn et Beauvau, le directeur général de la gendarmerie nationale (DGGN), Denis Favier, a indiqué que «dans le cadre des investigations actuellement menées, aucune hypothèse n'est privilégiée». Phrase extrêmement gênante pour le patron des gendarmes qui a reçu dès le dimanche matin la version des militaires présents ce soir-là sur le terrain. Eux ont immédiatement compris ce qu’il s’était passé…

Et Manuel Valls dans tout ça?

Comment croire que lui non plus n’ait pas été avisé de la réalité des causes de la mort de Rémi Fraisse? Si ce n'est en même temps que Bernard Cazeneuve... Le patron des gendarmes est en effet son ancien conseiller en gendarmerie lorsqu’il était ministre de l’Intérieur. C’est d’ailleurs lui qui l’a placé à ce poste stratégique. Pourtant, Manuel Valls a mis plus de 48 heures à réagir. «Avant même qu’une enquête ne soit menée, je n’accepterai pas la mise en cause des policiers et des gendarmes, qui comptent de nombreux blessés dans leurs rangs», a-t-il dit à l’Assemblée nationale. Le soir de la mort de Rémi Fraisse, six CRS ont été blessés (ils ont été relevés à minuit, soit avant la mort de Rémi Fraisse). Et aucun chez les gendarmes mobiles.