«Harcèlement» et biberons donnés «en cachette», les internautes racontent la tyrannie de l’allaitement

VOUS TÉMOIGNEZ En matière d’allaitement, les conseils de «ceux qui savent» peuvent gâcher les premiers choix de parents. Les internautes de «20 Minutes» témoignent…

C.L.

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Un nouveau né de trois jours à Prague en République Tchèque le 23 octobre 2014
Un nouveau né de trois jours à Prague en République Tchèque le 23 octobre 2014 — Martin Sterba/AP/SIPA

«Je ne voulais pas allaiter, j'avais pris cette décision il y a des années.» La naissance de la fille de Séverine* aurait dû se dérouler sans encombre. Pourtant, quand elle a refusé «la tétée de bienvenue», la sage-femme l’a «regardée de travers». Avant de la noyer dans un discours moralisateur. Comme si les injonctions de perfection parentale ne suffisaient pas, comme si les rafales de sondages (le dernier date du 5 novembre) ne rappelaient pas déjà aux parents que lâcher le sein après la maternité, c’est mal, amis, famille, personnel médical et tout adulte qui s’en octroie le droit, en rajoutent une couche. Vous n’allez pas l’allaiter? Mauvais parents! Vous l’allaitez plus d’un an? Inconscients! Les internautes de 20 Minutes nous décrivent la tyrannie de l’allaitement.

«A la maternité, nous donnions le biberon à notre fille en cachette»

«Quand j'étais enceinte de ma fille aînée, se souvient Delphine, ma mère ne voulait absolument pas entendre parler d'allaitement. Ma belle-mère et les tantes de mon mari ne voyaient elles, pas d'autre alternative. Chaque jour j'ai eu droit à des commentaires.» Plus le ventre s’arrondit, plus la pression s’intensifie. Apothéose à la maternité, quand les parents sont épuisés physiquement comme psychologiquement.

Myriam est sortie de la maternité deux jours plus tôt que prévu, «un vrai soulagement» après avoir subi ce qu’elle n’hésite pas à qualifier de «harcèlement». «Dès les couloirs, entre chaque porte on retrouve des photos de bébés au sein, de posters qui vantent les vertus de l'allaitement. On vous demande: "Est-ce-que vous souhaitez nourrir votre enfant ?"… Comment ça? Si je ne donne pas le sein, c'est que je ne nourris pas ma fille?» Infirmière, la jeune femme de 34 ans n’a pas cédé. Mais quand elle réclame un biberon supplémentaire pour sa fille, on lui répond que la nourriture à volonté, c’est pour celles qui choisissent d’allaiter. «Mon mari est parti récupérer les biberons, le lait et le chauffe-biberon à la maison et nous donnions à boire à notre fille en cachette.»

«Vous ne voulez pas ce qu'il y a de mieux pour votre bébé?»

Pour appuyer les discours moralisateurs, tous ont la formule facile: «C’est mieux pour ton enfant». Chacun y voit l’argument qui lui plaît. «Les bébés allaités sont moins allergiques, l'allaitement lutte contre le cancer du sein, égraine Delphine. De l’autre côté: tes seins vont être abîmés, ma sœur a failli mourir d'un abcès avec ces bêtises,  on n'est plus à la préhistoire.»

En pleurs après deux jours d’essais infructueux, Alice bondit sur le premier biberon qu’une sage-femme lui tend. «"Vous ne voulez pas ce qu'il y a de mieux pour votre bébé? Alors persévérez". J'étais encore plus en larmes et si mon conjoint n'avait pas été là pour lui dire qu'on ne lui avait pas demandé son avis, j'aurai cédé par culpabilité.»

«Tu comptes arrêter quand?»

Alors faut-il allaiter pour avoir la paix? Pas plus. Clémentine, très à l’aise dans son allaitement, n’a pas été tranquille pour autant. «Tu comptes arrêter quand?», étant la plus populaire dans les remarques de «ceux qui savent», illustrées par les regards appuyés en public. «Il a fallu être féroces, se souvient Francis. Quand vouloir faire manger de la viande hachée à un bébé de six mois tourne à l’obsession». Ce père dénonce une dictature anti-allaitement et conseille de se rapprocher de la Leche League… Une organisation parfois perçue comme culpabilisante par d’autres parents.

Finalement, Francis a serré les dents. Comme Séverine et Delphine. Chacun a suivi son instinct, allaitant ou pas. Aucun n’a vu s’abattre le déluge de catastrophes prévu par le camp adverse. Deux ans après sa mauvaise expérience à la maternité, Myriam est, elle, à nouveau enceinte. Et à nouveau anxieuse. 

* Le prénom a été modifié