Mort de Rémi Fraisse: Les gendarmes ont tout de suite su la gravité de la situation

POLEMIQUE «Il est décédé, le mec... Là, c'est vachement grave... Faut pas qu'ils le sachent...», a déclaré un gendarme selon un procès-verbal…

20 Minutes avec AFP

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Des gendarmes face à des opposants au barrage de Sivens le 26 octobre 2014 à Gaillac
Des gendarmes face à des opposants au barrage de Sivens le 26 octobre 2014 à Gaillac — Pascal Pavani AFP

Les gendarmes ont eu connaissance de la gravité de la situation immédiatement après le tir de la grenade soupçonnée d'avoir tué Rémi Fraisse, le 26 octobre, lors d'une manifestation contre le barrage de Sivens (Tarn), selon Le Monde daté de jeudi.

«Il est décédé, le mec... Là, c'est vachement grave... Faut pas qu'ils le sachent...», a déclaré un gendarme, quelques minutes après que le corps inerte de Rémi Fraisse eut été récupéré, selon un procès-verbal du 29 octobre où sont retranscrits les propos entendus sur les films réalisés par les gendarmes lors des affrontements entre opposants et forces de l'ordre, le 26 octobre.

«C'est bon, il va se relever!»

Cette phrase, prononcée à 2h03, suit de peu le tir d'une grenade offensive, entre 1h40 et 1h50, en direction d'un groupe de quatre à cinq jeunes, dont Rémi Fraisse, qui jetaient des pierres et des mottes de terre, selon le PV de la Section de recherches (SR) de Toulouse, cité par Le Monde.

Des gendarmes voient tomber le jeune botaniste de 21 ans après l'explosion et, au milieu des cris, l'un d'eux tente de se rassurer: «C'est bon, il va se relever! Il va se relever, c'est bon!» Mais le jeune militant ne se rélève pas et, à 2h00, un «On y va!» est lancé, faisant sortir un peloton pour récupérer Rémi Fraisse au sol.

«Il est décédé... Faut pas qu'ils le sachent...»

«Il respire ou quoi?», s'inquiète un supérieur. L'infirmier de l'escadron tente alors les gestes de premiers secours. A 2h03, un gendarme s'écrie : «Il est décédé, le mec... Là, c'est vachement grave... Faut pas qu'ils le sachent...», selon le PV.

Le service de communication de la gendarmerie, interrogé par Le Monde, assure que le «ils» faisait référence aux manifestants et au fait qu'il fallait éviter qu'ils redoublent d'ardeur en apprenant la mort de Rémi Fraisse. Le PV cité par Le Monde figure dans le dossier d'instruction de l'enquête judiciaire menée à Toulouse et qui privilégie la piste d'une grenade offensive pour expliquer la mort.

De nombreuses inerrogations autour de la mort

Le procureur de la République, à Toulouse, était injoignable en milieu de journée. La mort de Rémi Fraisse, botaniste bénévole qualifié de «foncièrement pacifiste» par sa famille et ses proches, a suscité de nombreuses interrogations.

La préfecture du Tarn avait annoncé, le 26 octobre dans un communiqué laconique, que les gendarmes avaient «découvert» son corps, laissant entendre que cela n'avait pas eu lieu lors d'affrontements, ce qu'avaient très vite contredit les opposants au barrage.

L'avocat de la famille de Rémi Fraisse, Arié Alimi, a récemment affirmé que les circonstances de sa mort avaient été connues dès les minutes qui avaient suivi le tir de grenade. Le président François Hollande a promis toute la lumière sur les faits.