Seine-Saint-Denis: Des instits en galère pour recevoir leur premier salaire de l'année

SOCIAL Des enseignants de la Seine-Saint-Denis n’ont toujours pas perçu de salaire, deux mois après la rentrée scolaire…

Anissa Boumediene

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Des enseignants de la Seine-Saint-Denis n’ont toujours pas perçu de salaire deux mois après la rentrée scolaire.
Des enseignants de la Seine-Saint-Denis n’ont toujours pas perçu de salaire deux mois après la rentrée scolaire. — Alain Jocard AFP

Chaque année, c’est la même chose. Entre le manque d’effectifs et le système de paye en décalé de l’Education nationale, instituteurs contractuels et stagiaires connaissent toujours une rentrée ric-rac où ils doivent attendre deux mois pour que la totalité de leurs salaires leur soit versée. Seulement, en Seine-Saint-Denis, où seulement cinq agents s’occupent de traiter les dossiers des petits nouveaux, la rentrée a été particulièrement chaotique et, fin octobre, 231 enseignants n’avaient toujours pas reçu un centimeAprès la mobilisation de 300 jeunes instituteurs stagiaires mardi à Livry-Gargan, ils étaient nombreux à se rassembler ce mercredi devant la direction académique de Bobigny.

Contraints de «frauder les transports pour aller travailler»

A sec après deux mois de bons et loyaux service sans salaire, les instituteurs dans le rouge ont été invités par la secrétaire générale de la Direction des services départementaux de l’Education nationale (DSDEN) à «se rapprocher des assistantes sociales pour bénéficier de bons alimentaires», selon un communiqué du syndicat SNUDI-FO. Une situation dénoncée par les syndicats et jugée insultante par les instits en colère. «C’est honteux qu’un Etat tel que la France paye ses instituteurs en bons alimentaires», s’insurge Elodie Boussarie, institutrice à Aubervilliers et membre du syndicat enseignant SUD Education 93.

Acculés financièrement, certains enseignants ont confessé avoir «fraudé les transports pour se rendre au travail». «Certains collègues sont dans des situations financières critiques, ont vu leur carte avalée dans le distributeur, se retrouvent interdits bancaires avec des agios importants et sont en conflit avec leur propriétaire à cause de loyers impayés!», raconte Elodie Boussarie, choquée de la «communication violente» des services. Selon la jeune femme, des enseignants non rémunérés se seraient vu conseiller par des personnels de la DSDEN du 93 de «mieux choisir leur banque pour négocier leurs agios». Des propos fermement niés et condamnés par la direction académique. 

Une régularisation qui tarde

Plus de deux mois après la rentrée scolaire, la majorité des 231 instituteurs non payés viennent de recevoir un premier acompte d’environ 1.000 euros, versé par la MGEN, la mutuelle des enseignants. Pas de quoi remettre ses comptes dans le vert après deux mois sans salaire. Leur situation, qui aurait dû être régularisée le 14 octobre, était censée l’être dernier carat le 29 octobre. Mais ils devront vraisemblablement «patienter jusqu’à fin novembre pour être entièrement payés», selon Elodie Boussarie. «Douze enseignants n’ont à ce jour rien touché, en raison de problèmes de pièces justificatives, leur a-t-on dit», poursuit-elle. Eux devront patienter jusqu’à fin novembre pour percevoir un acompte et fin décembre pour percevoir tous les rappels de salaires qui leur sont dus.

«Il semblerait que des agents des inspections attendent sciemment la fin de la période d’essai des contractuels pour envoyer les documents nécessaires à la préparation de leur paie, ce qui augmente considérablement les délais de versement des salaires», accuse Elodie Boussarie, qui raconte que «certains collègues n’avaient toujours pas signé de contrat de travail mi-octobre».