Les agriculteurs manifestent leur ras-le-bol partout en France

ECONOMIE Les agriculteurs d'Ile de France distribueront des fruits et légumes gratuitement...

20 Minutes avec AFP

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Manifestation d'agriculteurs à bord de leurs tracteurs, le 22 février 2014 à Nantes
Manifestation d'agriculteurs à bord de leurs tracteurs, le 22 février 2014 à Nantes — Franck Perry AFP

Les agriculteurs se sentent incompris, accablés par les contrôles et les réglementations. Et ils comptent bien le faire savoir mercredi en menant différentes actions. Le syndicat majoritaire FNSEA et les Jeunes Agriculteurs avaient appelé dès septembre à cette mobilisation, rejoints ensuite par les Chambres d'agriculture. Et surtout, entre-temps, le barrage de Sivens a ravivé l'exaspération, les agriculteurs de la FNSEA défendant un projet légitime selon eux et destiné à irriguer des terres agricoles.

Pour lancer la mobilisation, des premières actions ont été organisées dès mardi. Plus de 300 agriculteurs de la FDSEA et des Jeunes agriculteursse ont ainsi déversé mardi soir plus d'une centaine de tonnes de déchets (fumier, lisier, et autres légumes pourris) à Chartres, ciblant notamment la Mutualité sociale agricole, la préfecture et la Direction départementale de l'agriculture.  Et 100 à 150 agriculteurs ont muré mardi soir les locaux de la direction départementale du territoire (DDT) de Lozère, à Mende.

«Crise identitaire très grave»

A Paris, les agriculteurs d'Ile de France distribueront des fruits et légumes gratuitement, à Pau (Pyrénées-Atlantiques) un millier d'agriculteurs et des dizaines de tracteurs sont attendus. Des cortèges similaires seront organisés à Marseille, Nantes, en Rhône Alpes à Bourg-en-Bresse, Valence, en Bretagne à partir de Guingamp, Loudéac et Paimpol et à destination de Saint-Brieuc.

A Carcassonne (Aude), vignerons et céréaliers ambitionnent de bloquer la ville jusqu'à 17h. Rencontre avec les collectivités, pétition réclamant des assiettes Made in France dans les cantines, distribution de fumier ou contrôles de la provenance des produits au pied des camions, les actions seront de toutes natures.

A Châlons-en-Champagne, la filière champagne, habituellement absente des manifestations agricoles, sera même de la partie. Un millier de viticulteurs y sont attendus avec un slogan: «Lâchez-nous la grappe»! «Laissez-nous travailler», «Y a le feu dans nos campagnes», des slogans similaires raisonneront ailleurs dans le pays.

«Les paysans dans leur ensemble qui ont une vocation nourricière sont pris dans un carcan économique comme administratif et traversent une crise identitaire très grave», explique à l'AFP Thierry Huet, le président de la Fédération régionale des syndicats d'exploitants agricoles (FRSEA) Champagne-Ardenne. «Ce que nous ressentons, c'est autant une crise morale qu'économique», appuie Xavier Beulin, président de la FNSEA.

«Dans un état anxiogène»

«Les paysans sont dans un état anxiogène (...) On est devenu une agriculture complètement bureaucratique», a-t-il insisté mercredi sur RMC, dénonçant «des normes qui deviennent insupportables» et «des attaques permanentes, sur le bien-être animal par exemple».

La goutte d'eau pour eux a été l'élargissement de la directive nitrates (dérivés des engrais azotés) qui a fait basculer près de 4.000 communes et 63.000 exploitations dans l'illégalité et leur impose des investissements parfois coûteux pour limiter la pollution des eaux et une éventuellement prolifération d'algues vertes dans les eaux de surface.

Pour apaiser les tensions sur ce point, la ministre de l'Écologie, Ségolène Royal, a pris le soin de publier un communiqué mardi promettant d'appliquer la directive nitrate en évitant des contraintes injustifiées.