«Offrir Puissance 4, c’est renouer avec ses souvenirs d'enfance»

INTERVIEW Devenus parents, les trentenaires et les quadras ont tendance à acheter des jeux qu'ils ont aimés enfants. Anne Lerner, directrice des enquêtes consommateurs du cabinet d'études GFK analyse ce phénomène de consommation...

Propos recueillis par Delphine Bancaud
— 
Des personnes dans un magasin de jouets, le 15 décembre 2012
Des personnes dans un magasin de jouets, le 15 décembre 2012 — Alain Jocard AFP

Cluedo, Barbie, l’Arbre Magique et Lego n’ont pas pris une ride. A l’approche de Noël, les parents plébiscitent toujours les jouets transgénérationnels qui leur rappellent des souvenirs d’enfance. Anne Lerner, directrice des enquêtes consommateurs du cabinet d'études GFK analyse cette tendance.

Constatez-vous ces dernières années un engouement des parents pour les jeux avec lesquels ils ont eux-mêmes joué?

Oui, ils ont le désir de leur offrir à la fois des jeux futuristes, mais aussi des jeux traditionnels, technologiquement plus simples, dont les vertus éducatives ont déjà été éprouvées. Ce métissage est d’ailleurs une tendance de consommation qui se constate dans d’autres domaines. Dans l’alimentaire par exemple, les Français aiment le fast-food mais aussi les produits du terroir. La mode conjugue aussi des vêtements modernes avec des pièces plus rétro. C’est un mouvement de balancier constant.

Cette mode des jeux vintage témoigne-t-elle aussi de la nostalgie des parents vis-à-vis de leur propre enfance?

Oui, car offrir Puissance 4 par exemple, c’est renouer avec ses souvenirs d'enfance. C’est aussi l’occasion de partager une activité avec ses enfants, ce qui n’arrive pas souvent lorsqu’ils sont sur la console!

Les parents tentent-ils aussi par ce biais d’éloigner leurs enfants des jeux vidéo?

Sans conteste, car beaucoup de parents ne veulent pas que leurs enfants soient entraînés dans l’escalade technologique. Avec les jeux d’hier, ils tentent de les détourner du grand méchant loup. Ils attribuent aussi aux jeux de société qu’ils ont connus dans leur jeunesse, une certaine authenticité et des vertus pédagogiques. En jouant au Monopoly ou aux Lego, l’enfant n’est plus passif comme devant un écran, mais redevient acteur et créateur.

Les enfants sont-ils attirés par les jouets rétro ou leur semblent-ils ringards?

Les jouets d’hier ne les font pas rêver au départ. Mais une fois la déception passée de ne pas avoir eu la console qu’ils espéraient à Noël, ils découvrent généralement le charme des jouets plus rétro. C’est aussi ce qui explique le succès de ces marques, car si les parents ont été prescripteurs de ces achats au départ, les enfants ont été finalement séduits.

>> A lire aussi Les jeux d’hier vont faire un carton à Noël