Dictionnaire Ados-Français: «Lol et boloss, c’est déjà dépassé»

INTERVIEW Les parents vont pouvoir décrypter le langage des jeunes grâce à un dico Ados-Français écrit par Stéphane Ribeiro…

Anissa Boumediene

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Cet ado a-t-il trop le swag ou est-un un boloss?
Cet ado a-t-il trop le swag ou est-un un boloss? — ISOPIX/SIPA

Vous trouvez que vos ados parlent d’une manière chimique, en mode no brain et ça vous fait bader de pas les comprendre ? C’est normal, mais il vous est désormais possible d’y remédier grâce au Dictionnaire Ados-Français (éd. First), une bête de dico pour comprendre le langage des ados et qui va trop vous faire golri. Et pour vous faire zizir, 20 Minutes a fait une interview trop swag de Stéphane Ribeiro, auteur de l’ouvrage.

Pas trop la hass de faire ce bouquin ? (Comment vous y êtes-vous pris, cela n’a pas été trop dur de rassembler toutes ces définitions ?)

Ça a été un gros kif ! C’était un vrai plaisir d’écrire ce livre parce que c’est un univers qui n’est pas trop le mien, j’avais envie de découvrir la réalité des jeunes. Pour coller au plus près de ce qui se dit aujourd’hui, je suis allé dans un cours de français d'un lycée d’Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), pour demander directement aux ados leurs expressions du moment. Il ne s’agissait pas de faire un dictionnaire hypersérieux, déjà passé : je voulais le faire d’une manière marrante, capter un instantané.

Mais c’est pas fait pour les darons ce qu’ils disent les ados, ça leur a pas mis le seum que vous les décodiez ? (Les jeunes ont-ils bien accueilli votre démarche de décrypter ce langage qu’ils parlent à l’insu de leurs parents ?)

Au contraire, ils trouvent ça chanmé qu’un yeuv parle comme as ! Ils sont contents de cette démarche, d'autant que ce livre n'est pas dans le jugement. Les ados regardaient leur prof de français avec les yeux ronds et lui demandaient : «On peut vraiment dire ce qu’on veut ? On a le droit de dire enculé ?». C’est un échange, ils m’ont donné leurs expressions, leur utilisation dans une conversation, et moi, je les ai traduites avec des touches d’humour. Des ados, qui ne parlent pas toujours beaucoup avec leurs parents, ont échangé avec eux à propos du livre, et même un court moment de complicité, c’est déjà bien.

Ouais mais à force, ça les rend pas trop teubé de parler comme as ? (Ecorcher le vocabulaire classique à en faire saigner les oreilles des membres de l’Académie française, ce n’est un peu abêtissant à la longue ?)

Non c’est dar (ndlr : génial) ! On entend souvent que les jeunes ne savent plus s’exprimer correctement, qu’ils écrivent en langage SMS et qu’il y a chez eux une paupérisation de la langue. C’est faux, d’autant qu’ils savent très bien dans quel cercle ils peuvent parler comme cela. C’est dans l’ordre des choses qu’ils parlent leur propre langage que les parents ne comprennent pas. Ce n’est ni pire ni différent d’avant, les ados des années 50 parlaient en argot. Aujourd’hui, les influences sont simplement plus nombreuses : rap, cinéma, langage Internet, argot encore et des mots empruntés aux langues étrangères (arabe, chinois, anglais, etc.). Tout comme le français, la langue des ados est vivante et évolutive. La preuve, dès qu’une de leurs expressions devient populaire au point d’être comprise et reprise par les parents, ils en inventent une autre pour la remplacer. «Lol» et «boloss», c’est déjà dépassé.

Vous avez dû trop vous taper des barres, c’est quoi les trucs qui vous ont fait le plus golri ? (Ecrire un tel ouvrage a dû être très drôle à faire, quelles expressions avez-vous trouvé les plus désopilantes ?)

«Se faire un gif dans sa tête» ! Un gif c’est un format d’image, une animation de quelques secondes. C’est une nouvelle façon de dire qu’on se fait des films, c’est imagé et franchement drôle. Et ça montre la facilité avec laquelle les ados s’approprient jusqu’au langage Internet. «Faire son Kevin» m’a bien fait rire aussi.