Pas facile de faire son «coming out» dans une petite entreprise

TEMOIGNAGES L'annonce officielle de Tim Cook, clamant sa «fierté» d'être gay, a suscité beaucoup d'espoir mais l'exemple s'exporte mal dans les petites entreprises...

20 Minutes avec agence

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Aux Etats-Unis, 83% des employés gays taisent encore leur orientation sexuelle à leurs collègues et supérieurs.
Aux Etats-Unis, 83% des employés gays taisent encore leur orientation sexuelle à leurs collègues et supérieurs. — Jean-Sebastien Evrard AFP

Le patron d'Apple l'a fait, et a été applaudi. Tim Cook a dit toute sa «fierté d'être gay» et sa révélation a été saluée par les médias du monde entier. Et si cette annonce peut être prise comme modèle pour nombre d'homosexuels, beaucoup préfèrent encore se taire. Car «dans une PME, c'est pas comme chez Apple», on ne dit pas qu'on est homosexuel(le) sans perte ni fracas. 

«Je ne dis rien pour que ça ne me nuise pas», témoigne Céline, responsable ressources humaines dans une entreprise de 160 salariés de la région Rhône-Alpes, qui se répète jour après jour qu'elle doit «la fermer» face aux «réflexions lourdes entendues au réfectoire».

«Sauter aux yeux»

Idem outre-Atlantique, où selon une étude du cabinet d'audit Deloitte publiée en décembre, 83% des employés gays américains taisent encore leur orientation sexuelle à leurs collègues et supérieurs. «En France, au nom de la sacro-sainte séparation entre vies publique et privée, très peu de "coming out" se font» sur le lieu de travail, explique Hussein Bourgi, président du Collectif contre l'homophobie et pour l'égalité des droits à Montpellier. 

Sachant qu'il est «plus facile de passer sa sexualité sous silence dans les grands groupes» en comparaison avec «les TPE (moins de 10 salariés) ou PME (moins de 250) où ça va tout de suite sauter aux yeux». Car, là, chacun connaît la vie du collègue et sait s'il viendra ou non accompagné aux soirées d'entreprise.

Brimades et stigmatisation

Et Stéphane Corbin, qui accompagne les victimes de discrimination dans l'association Quazar, à Angers, de se souvenir du cas de «deux ouvrières d'un abattoir», qui avaient tenté d'avoir des plannings compatibles, en demandant à travailler de nuit les mêmes semaines. Le cauchemar a alors commencé pour ce couple: «Brimades, moqueries, absence de soutien des délégués syndicaux», si bien que ces femmes, stigmatisées, ont décidé de quitter leur travail et de partir s'installer ailleurs.

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En couple, Céline redoute un peu le jour où elle demandera des jours «pour se marier ou se pacser», ou quand sa «compagne sera enceinte» et in fine, «prendre un congé parental», au même titre que les autres salariés. «Je vois déjà mes collègues faire un bond de huit mètres!», plaisante la jeune femme, qui préfère pour l'instant ne pas se mettre «en danger».