Attentats déjoués par la DGSI: «On est en plein dans l’œil du cyclone»

INTERVIEW Nathalie Goulet, présidente de la commission d’enquête sur les filières djihadistes…

William Molinié

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Capture d'écran de Senat.fr de la sénatrice de l'Orne, Nathalie Goulet.
Capture d'écran de Senat.fr de la sénatrice de l'Orne, Nathalie Goulet. — 20 Minutes

Le timing n’est pas anodin. Une note de la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) a fuité dans la presse à la veille du vote définitif au Sénat de la nouvelle loi antiterroriste. Selon cette note, dont le contenu a été dévoilé par Le Parisien et RTL, plusieurs attentats, en région parisienne ou à Nice, ont été déjoués par les services de renseignement ces dernières semaines.

Des révélations qui servent les défenseurs de ce texte, jugé liberticide par plusieurs associations de défense des droits des citoyens. Ce mardi, la loi va être a priori votée dans les mêmes conditions au Palais-bourbon qu’à l’assemblée nationale: quasiment à l’unanimité.

A la veille de ce vote, Nathalie Goulet, sénatrice UDI de l’Orne et présidente de la commission d’enquête du Sénat sur les filières djihadistes créée il y a quelques semaines, revient sur la menace en France.

Les travaux de la commission ont-ils démarré?

Oui, les auditions ont débuté. La création de cette commission, que j’avais proposée dès le mois de mai, a pris du retard avec le renouvellement du Sénat. Mais nous y sommes. Tous les services de l’Etat sont concernés. Nous allons entendre les parties prenantes du renseignement. Mais aussi les acteurs de la prévention, comme des imams ou des sociologues, pour comprendre les mécanismes de la radicalisation dans les quartiers, dans les prisons. Il faut comprendre pourquoi des Français partent faire le djihad.

Ne craignez-vous pas que cette commission fasse doublon avec la nouvelle loi que vous voterez mardi?

Absolument pas. Ça n’a rien à voir. La loi est uniquement répressive. Et nous allons développer des propositions dans le domaine préventif. Il faut d’abord empêcher ces individus de partir. Et quand ils reviennent, connaître leurs intentions. Lorsque certains ont de réels traumatismes liés à la guerre, d’autres font semblant d’aller parfaitement bien alors qu’ils préparent des attentats.

Que pensez-vous de cette loi?

C’est un texte d’urgence et je déplore le vote d’un texte en urgence. J’étais contre l’article 9 [le ministre de l’Intérieur peut bloquer des sites internet sans autorisation du juge].

Mais des attentats ont à nouveau été déjoués. Il y a urgence…

C’est pour cela qu’on ne peut pas voter contre cette loi. On le doit aux victimes de Mohammed Merah. On est en plein dans l’œil du cyclone. 25% des radicaux sont des convertis. Il y a un grand attrait pour l’Islam dévoyé. L’arbitrage est compliqué, entre une politique droit-de-l’hommiste et de lutte contre le terrorisme. Mais il fallait rapidement trouver une incrimination pour les loups solitaires. En revanche, on ne peut pas tenir ce discours et baisser les moyens de police et de défense. Il faut 10 à 12 personnes pour surveiller un suspect 24h/24. Il est crucial que le budget 2015 actuellement en discussion garantisse ces moyens.

Quand présenterez-vous les travaux de la commission d'enquête?

Nos travaux dureront six mois. Nous ferons une proposition globale en remettant un rapport. Certaines auditions seront d'ailleurs publiques.