«Les femmes doivent se réapproprier les transports en commun»

VIOLENCES L’association Osez le féminisme lance une campagne d’information pour lutter contre le harcèlement et les agressions dans les transports…

Propos recueillis par Anissa Boumediene

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L'association Osez le féminisme a organisé une «teuf de meufs»
L'association Osez le féminisme a organisé une «teuf de meufs» — Osez le féminisme

«Hé salut, t’es bonne toi ! Ben quoi, tu dis pas merci quand on te fait un compliment? Salope !» Face à la recrudescence des incivilités et des agressions à l’égard des femmes dans les transports en commun, l’association Osez le féminisme lance sa campagne #TakeBackTheMetro pour que les femmes se réapproprient les transports en commun. Anne-Cécile Mailfert, porte-parole de l’association, détaille pour 20 Minutes ce plan d’action, au lendemain d’une «teuf de meufs dans le métro».

>> TÉMOIGNEZ - Mesdames, avez-vous déjà modifié votre comportement pour éviter tout désagrément dans le métro? Vous boutonnez un peu plus votre gilet, tire sur votre jupe? Vous évitez de prendre le métro après une certaine heure? Racontez-nous en nous écrivant à contribution@20minutes.fr

Les transports en commun sont-ils devenus un espace hostile pour les femmes ?

Nous sommes parties du constat que la quasi-totalité des femmes (94%) ont déjà subi des attaques sexistes. Cela va du regard intimidant aux insultes, jusqu’aux agressions sexuelles. C’est un espace où elles ne se sentent pas en sécurité, comme s’il était réservé aux hommes et que leur présence était dérangeante. Par crainte d’être agressées, les trois quarts des femmes modifient leur comportement ou leur tenue vestimentaire lorsqu’elles empruntent le métro, s’assoient sur les strapontins plutôt que sur les sièges, tirent sur leur jupe, arrêtent de mettre des talons et évitent les transports à certaines heures. Pire encore, 85% des Parisiennes pensent qu’elles ne recevraient aucune aide si elles se faisaient agresser dans le métro. Autant de chiffres qui témoignent du climat d’hostilité et de crainte, et de l’urgence d’agir pour que les femmes se réapproprient le métro, cet espace commun à tous.

Justement, ces chiffres sont révélés alors qu’un court-métrage choc sur l’indifférence face au viol dans les transports enflamme les réseaux sociaux…

En cas d’agression dans les transports, la plupart du temps les gens ne réagissent pas. Or il faut dénoncer cette indifférence, et rappeler que ne pas agir relève de la non-assistance à personne en danger. Il faut que les témoins de tels agissements dépassent l’état de sidération et portent secours à la victime. Il ne s’agit pas de jouer les super-héros, la solidarité marche, par des gestes simples : appeler les secours, tirer le signal d’alarme, se regrouper à plusieurs pour intervenir, pour faire peur à l’agresseur et l’empêcher de nuire. Et il n'y a pas de profil type: vieux, jeunes, cadres dynamiques, Parisiens ou banlieusards, il y a des agresseurs de tous bords. Notre campagne sert aussi à envoyer un message à la RATP, pour qu’elle prenne ses responsabilités et des mesures concrètes pour agir.

Quels moyens d’action préconisez-vous ?

Il y a plusieurs pistes possibles. Il pourrait y avoir des systèmes d’alarme à bord des rames pour alerter directement le conducteur du train, et une formation des agents. Mais il faut d’abord briser le tabou et libérer la parole : la RATP doit communiquer pour faire de la prévention autour de ces violences faites aux femmes dans les transports. Il y a des messages partout, sur les incivilités, ou les mesures de sécurité sur la fermeture des portes. La RATP doit sensibiliser les usagers, ses agents et les agresseurs potentiels avec des messages d’information, pour expliquer la marche à suivre en cas d’agression. Ce n’est pas difficile de communiquer sur la question, c’est pour ça que nous avons détourné de manière humoristique les messages affichés dans les transports, et que nous avons organisé une teuf de meufs ce jeudi soir dans le métro. Croyez-moi, les femmes se fichent pas mal qu’il y ait un papier parterre dans le métro comparé au risque qu’elles ont de se faire agresser. Nous avons élaboré un plan d’action et lancé une pétition, et nous sommes disposées à en discuter avec la RATP pour faire avancer les choses rapidement.