Témoin d'agression sexuelle, «je me suis interposée en gueulant un bon coup "ça suffit!"»

TÉMOIGNAGES Trois internautes de «20 Minutes», témoins d’agressions sexuelles, racontent comment elles ont réagi…

Christine Laemmel
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Panneau indiquant une alarme dans le métro parisien
Panneau indiquant une alarme dans le métro parisien — Flickr cc @KatJaTo

En matière d’agression sexuelle, il y a la fiction. Comme celle relatée dans le court-métrage Je suis à l’heure, qui circule largement sur les réseaux sociaux depuis quelques jours. Il y a aussi les bonnes pratiques, comme les cinq réflexes à adopter en tant que témoin, proposés par Irene Zeilinger, directrice de l’association Garance et auteur d’un petit manuel d’autodéfense intitulé Non c’est non (Editions zones). Et puis il y a la réalité. Celle qui pousse certains à rester impassibles. Celle qui a vu Sophie, Roxanne et Chloé, s’opposer à l’agression qui se déroulait sous leurs yeux. Elles racontent.

Sophie a crié puis prévenu le conducteur

L’agression: Sophie, policière de quarante ans, est dans le métro parisien. Elle se dirige vers la gare pour récupérer ses filles de retour de colonie de vacances. «Je ne pouvais pas arriver en retard», répète-t-elle plusieurs fois. Là, dans la rame à quelques mètres d’elle, un homme manifestement aviné se «frotte» à une jeune fille. Puis une autre.
La réaction de Sophie: «Je me suis interposée en gueulant un bon coup "ça suffit!".» Le «frotteur» s’en est alors pris à elle «constatant l'indifférence générale», interprète-t-elle. «J'ai changé de wagon à chaque station jusqu'à arriver dans la cabine du conducteur qui a prévenu la sécurité RATP.»
Et après coup? «Ça s’est bien goupillé mais ce n’est pas forcément grâce à moi. Je suis policière dans la vie, mais je n’avais jamais été confrontée à ce genre de cas. Je me suis juste dit que j’étais plus forte que la victime.»

Chloé a fait mine de connaître la victime

L’agression: Chloé a 20 ans. Elle entre dans une rame bondée avec son ami «ceinture noire d’Aïkido». Assise derrière eux, une jeune femme se fait lourdement aborder par trois hommes avinés. «Personne ne mouftait, même quand l'un des ivrognes lui a posé une patte sur la cuisse.» La jeune fille lance des regards affolés autour d'elle et se tournicote pour lui échapper.
La réaction de Chloé: Elle interpelle la victime, fait semblant de la connaître. «Je l'extirpe du piège, la tire vers les portes et nous agrippe toutes les deux à une barre fixe. Les trois hommes se lèvent, mais se réinstallent vite dans leurs sièges. Elle me sourit et descend quelques arrêts plus loin.»
Et après coup? Chloé quitte le métro, dégoulinante, avec «l’impression d’avoir couru des kilomètres». Marquée par l’inertie des autres passagers «dont certains ont peut-être un enfant du même âge».

Roxane s'est interposée dans la conversation

L’agression: Dans une rue lilloise très fréquentée, Roxane surprend une discussion houleuse entre un homme et une femme. «La femme était serrée contre une porte et l'homme avait une main sur le mur attenant, ce qui la bloquait. Il était visiblement énervé et frappait sur la porte près du visage de cette dernière.»
La réaction de Roxane: Elle s’enquiert de l’état de la jeune fille. Celle-ci lui parle de «querelle d’amoureux». L’homme lui intime de «dégager». Roxane répète à la jeune femme de ne pas hésiter s'il y a un ennui. Sous les insultes de l’agresseur, elle tourne les talons et attend au coin de la rue que l’homme se calme.
Et après coup? Roxanne se demande encore si elle n’aurait pas dû rester plus longtemps. «Je suis partie en me disant que si elle criait des gens auraient pu accourir. Arrivée chez moi, j'étais encore prise d'une sensation désagréable et nauséeuse (…) Avec le recul le me dis que j'ai quand même bien agi.»