Affaire Lepaon : Gérard Filoche affiche sa «solidarité» contre une «cabale» interne

SOCIAL Le numéro 1 de la CGT est «parfaitement respectable» et «fauché», selon Gérard Filoche...

M.B. avec AFP

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Gérard Filoche, membre de l'aile gauche du Parti socialiste, le 15 avril 2014 à Paris
Gérard Filoche, membre de l'aile gauche du Parti socialiste, le 15 avril 2014 à Paris — Jacques Demarthon AFP

Un soutien de poids. Le socialiste Gérard Filoche, membre de la CGT, a affiché sa «solidarité» à Thierry Lepaon sur Twitter, contre ce qu'il appelle une «cabale mijotée par la droite», alors que les principaux dirigeants cégétistes restaient injoignables pour défendre leur secrétaire général.

Selon le Canard Enchaîné, la CGT a payé 130.000 euros la rénovation de l'appartement de 120 m2 loué près de Paris pour Thierry Lepaon. Le devis initial s'établissait à 150.000 euros mais, selon l'hebdomadaire, Thierry Lepaon aurait renoncé à quelques dépenses, dont un home-cinéma et une cave à vin.

>> Ce que l'on sait de l'appartement de Lepaon rénové aux frais de la CGT

Le numéro 1 de la CGT est «parfaitement respectable» et «fauché»

Joint par l'AFP, Gérard Filoche estime que la fuite sur le devis des travaux, révélé par le Canard Enchaîné, est «interne» à la CGT. «Il y a des éléments sectaires, néo-staliniens au sein de la centrale qui ne supportent pas l'unité que cherche à faire Lepaon», a-t-il avancé.

Le numéro 1 de la CGT est «parfaitement respectable» et «fauché», selon Gérard Filoche, qui qualifie le logement en question de «taudis où il y avait tout à refaire» pour expliquer le coût des travaux. Il assure que le secrétaire général de la CGT logeait à l'hôtel depuis le début de son mandat, faute de logement. «Thierry Lepaon n'a pas un train de vie bling bling. Nous n'allions pas lui demander de payer un deuxième loyer pour travailler à Paris, alors qu'il habite déjà dans un HLM en Normandie», a abondé le trésorier de la CGT, Eric Lafont

«J'ai dit à Thierry Lepaon qu'il fallait tenir bon face à cette calomnie», a déclaré Gérard Filoche, qui s'était lui-même retrouvé la semaine dernière au centre d'une polémique pour avoir qualifié de «suceur de sang» le PDG de Total Christophe de Margerie décédé le 20 octobre.

Ce n'est pas d'enrichissement personnel que l'on parle»

Autre soutien exprimé mercredi, celui du successeur de Thierry Lepaon à l'union locale CGT de Caen, Franck Mérouze, qui a déclaré à France Bleu ne pas être «choqué outre mesure. Ce n'est pas d'enrichissement personnel que l'on parle», mais «de faire en sorte qu'un camarade qui exerce les plus hautes fonctions dans notre organisation syndicale puisse, après sa journée de travail, trouver un lieu d'hébergement qui soit confortable».

S'il a affirmé ne pas vouloir «accabler» Thierry Lepaon, Manuel Valls a prôné «l'exemplarité à tous les niveaux».

Selon Bernard Vivier, directeur de l'Institut du travail, «cette affaire révèle des tensions internes fortes». Evoquant une boule puante, il a estimé que «ce n'est pas en opérant des règlements de compte sur le dirigeant en place que la CGT va régler en interne le problème de fond, qui n'est pas celui de son dirigeant, mais celui de sa direction», à savoir, «vers où la CGT doit aller, quelle est la ligne qu'elle doit tenir?».

«Thierry Lepaon ne s'aide pas beaucoup lui même n'a pas beaucoup de charisme»

Un spécialiste des relations sociales estime de son côté que ces révélations risquent «de plonger encore un peu plus dans la consternation bon nombre de responsables» du syndicat. «Thierry Lepaon n'est pas arrivé avec la légitimité maximale» à la tête de la centrale, rappelle cet expert pour qui le secrétaire général «ne s'aide pas beaucoup lui-même» et «n'a pas beaucoup de charisme».

Ancien chaudronnier entré dans la vie active à 17 ans et licencié deux fois pour son activité syndicale à la fin des années 1970, Thierry Lepaon est arrivé à la tête de la confédération en mars 2013, après une longue crise de succession ouverte par le départ de Bernard Thibault, en poste depuis 1999.

Dans un récent reportage diffusé sur France 5 dans l'émission C politique, Thierry Lepaon reconnaissait avoir eu du mal à se glisser dans le fauteuil de numéro un de la centrale. Mais il avait laissé entendre que la page avait été tournée et dit pour la première fois ne pas exclure de se représenter en 2016 pour un nouveau mandat.