Le gouvernement pris dans la polémique de l'affaire Fraisse

POLITIQUE Alors que l’hypothèse d’une grenade jetée par les forces de l’ordre se précise pour expliquer la mort du jeune homme…

Vincent Vantighem

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Manifestation contre les violences policières à Albi, le 27 octobre 2014, après la mort de Rémi Fraisse.
Manifestation contre les violences policières à Albi, le 27 octobre 2014, après la mort de Rémi Fraisse. — REMY GABALDA / AFP

Les retentissements de la mort de Rémi Fraisse ont fini par atteindre l'hémicycle de l'Assemblée nationale. Le gouvernement a tenté, toute la journée de mardi, d’éteindre la polémique liée à la mort du militant de 21 ans, dimanche au petit matin, lors de heurts avec les forces de l’ordre sur le barrage en construction de Sivens (Tarn).

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Las, tous ses efforts ont été anéantis par une courte déclaration écrite lue, dans l’après-midi, par Claude Dérens, le procureur de la République d’Albi, accréditant l’hypothèse d’une bavure. «On a retrouvé des traces de TNT sur des effets vestimentaires de la victime, a-t-il déclaré. Le TNT figure dans la composition des grenades utilisées par les gendarmes. L’enquête ne peut exclure le rôle d’une grenade jetée par les gendarmes» dans la mort du jeune homme.

Cazeneuve suspend l’utilisation des grenades

Visé par les critiques toute la journée, Bernard Cazeneuve, le ministre de l’Intérieur, a donc dû se fendre d’une dernière déclaration improvisée alors qu’il se trouvait au Sénat. «Je demande que l’enquête, confiée à l’Inspection générale de la police nationale, se poursuive. Dans le même temps, j’ai décidé de suspendre l’utilisation des grenades offensives. La vérité est un devoir moral.»

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Sur ce point, tous les responsables politiques sont d’accord. Même la députée écologiste Cécile Duflot qui indiquait, le matin même, que «cette affaire laisserait une tache indélébile» dans le quinquennat.

«On ne construit pas un barrage sur un cadavre»

Obligé de sortir de sa réserve en pleine rue devant les caméras agglutinées, François Hollande a expliqué qu’il ne pouvait pas «accepter que l’on se déchire sur un drame humain», réclamant du «respect» et de «la compassion».

Ce n’est pas ce que veulent désormais les opposants. Estimant qu’on ne «construit pas un barrage sur un cadavre», le député écologiste Noël Mamère a donné le ton, réclamant l’abandon immédiat du projet de barrage à Sivens.

Des manifestations dégénèrent

Si François Hollande et Manuel Valls doivent faire face aux menaces venues de leur gauche -le Parti de gauche réclamant même la démission de Bernard Cazeneuve- c’est peut-être le bruit venant de la rue qui, plus encore, les fera reculer sur le sujet.

Lundi soir, une manifestation en hommage au jeune homme mort dimanche a dégénéré à Nantes (Loire-Atlantique) en bataille rangée, générant une multitude de vitres brisées et de magasins caillassés. Un peu plus tôt, Albi avait connu le même genre de scènes de bataille rangée.

Finalement, c’est peut-être des parents de Rémi Fraisse que le gouvernement peut espérer une planche de salut. S’ils ont déposé plainte pour «homicide volontaire», ils ont appelé mardi au calme lors des manifestations en hommage à leur fils. «On ne doit pas répondre à la violence par la violence.»