Mort de Rémi Fraisse: Les quatre hypothèses pouvant expliquer son décès

ENQUÊTE Tir tendu des gendarmes, grenade dans la capuche, engin explosif artisanal mal lancé par les manifestants, ou cocktail molotov dans le sac à dos de Rémi?

William Molinié
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Arrivée d'enquêteurs et d'experts de la gendarmerie le 27 octobre 2014 sur le site de Sivens dans le Tarn
Arrivée d'enquêteurs et d'experts de la gendarmerie le 27 octobre 2014 sur le site de Sivens dans le Tarn — Remy Gabalda AFP

Que sait-on de la mort de Rémi Fraisse? Pas grand-chose, à vrai dire… L’autopsie pratiquée lundi après-midi sur le corps du jeune homme qui s’est effondré dans la nuit de samedi à dimanche sur le barrage de Sivens (Tarn) où il était venu manifester n’a pour l'instant pas permis d’éclairer les causes de sa mort.

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D’après le procureur de la République, l’étudiant en environnement a été victime d’une «explosion». L’enquête devra déterminer d’où provient l’engin explosif qui lui a été fatal. Des gendarmes? Voici les quatre hypothèses.

  • Le tir tendu des gendarmes

Dans le cadre de leur équipement de maintien de l’ordre, les gendarmes mobiles sont dotés de moyens de défense et de dispersion. Présenté comme non létal, l’armement est soumis à des conditions d’utilisation bien précises. Ainsi, un policier rompu aux méthodes de rétablissement de l’ordre explique à 20 Minutes qu’une «grenade lancée à l’aide d’un Cougar en tir tendu et à faible distance peut avoir des conséquences très importantes et provoquer la mort».

Le lanceur de grenade de type Cougar, dont l’utilisation est réglementée dans ce document (pdf), est un lanceur à canon basculant de calibre 40 mm ou 56 mm. Il a une portée de 50 à 200 mètres et son canon propose un angle de 30° par rapport à la crosse pour empêcher le tir à l’horizontal. «Mais dans le cadre d’un attroupement armé, la manipulation peut parfois être réalisée à la hâte. On ne sait pas ce qu’il s’est passé. Visiblement, les manifestants s’étaient rapprochés de près des gendarmes», observe cette source.

Le Cougar peut lancer deux types de grenades. La MP7, qui diffuse sur un rayon de 10 à 25 mètres un nuage à haut pouvoir lacrymogène et neutralisant. Ainsi que la grenade instantanée (GI), ou grenade assourdissante, qui délivre un effet sonore très important. Cette dernière est classée en catégorie 1.

Cette hypothèse est celle privilégiée par l’avocat de la famille de Rémi Fraisse. «Je m'oriente plutôt vers un tir d'arme, un projectile, Flash-Ball, grenade, à tir tendu, assez proche, pendant une charge des gendarmes mobiles», a déclaré Me Arié Alimi ce mardi sur France Info. Il a d’ailleurs confirmé qu'il déposerait plainte pour «homicide volontaire» ce matin.

  • Le lancer en cloche qui atterri dans la capuche

Une autre hypothèse plausible, privilégiée par les manifestants, consiste en un lancer à la main par un gendarme mobile d’une grenade de désencerclement au-dessus des grilles qui les séparait des émeutiers. L’explosif se serait alors logé dans la capuche de Rémi Fraisse avant de se déclencher. Ce type de grenade – à ne pas confondre avec les grenades assourdissantes – figure parmi les plus dangereuses. Elles produisent de fortes détonations et projettent des plots de caoutchouc et des résidus métalliques pouvant causer des blessures graves et irréversibles.

Il est d’ailleurs imposé aux forces de l’ordre de la projeter au ras du sol et recommandé de ne l’utiliser uniquement «dans un cadre d’autodéfense rapprochée et non pour le contrôle d’une foule à distance», selon une note du directeur central de la sécurité publique du 24 décembre 2004, cité dans un avis de la commission nationale de déontologie et de sécurité (CNDS).

  • Un engin explosif artisanal mal tiré par un manifestant

Denis Favier, le directeur général de la gendarmerie nationale, a indiqué dans un communiqué que les forces de l’ordre avaient été visées par des engins explosifs lancés par les manifestants.

«Les gendarmes ont été pris à partie par des individus violents, pour certains cagoulés, qui les ont attaqués à coup de cocktails Molotov, d'engins explosifs et de projectiles». L’un d’entre eux aurait-il atteint Rémi? Le procureur de la République a précisé que toutes les hypothèses étaient explorées.

  • Des explosifs dans son sac

Les enquêteurs qui ont fait des relevés lundi après-midi à l’endroit où Rémi Fraisse a été emmené par les gendarmes ont retrouvé des lambeaux de sac à dos et des bouts de verre. Rémi Fraisse avait-il dans son sac à dos un engin explosif, dont les matières instables se seraient déclenchées? L’hypothèse n’est pas écartée.

Le sac à dos du jeune militant est d'ailleurs toujours détenu par les opposants au projet de barrage selon le procureur d’Albi, qui s’est rendu sur les lieux ce mardi matin. Il a déclaré espérer «qu’ils vont le donner aux enquêteurs». Mais ce scénario tranche avec la description faite par les proches de cet étudiant en botanique, réputé calme et à l’écart de la mouvance radicale écologiste.