Islam radical en prison: Les solutions proposées par le rapport vraiment crédibles?

SECURITE Dans un rapport sur la radicalisation de l’islam dans le milieu carcéral, le député UMP Guillaume Larrivé estime que des centaines de détenus pourraient basculer dans l’islamisme radical…

Anissa Boumediene

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Illustration surveillant dans les couloirs de la maison centrale d'Ensisheim.
Illustration surveillant dans les couloirs de la maison centrale d'Ensisheim. — P.SAUTIER/SIPA

«La radicalisation islamiste est aujourd'hui susceptible de concerner plusieurs centaines de détenus», avertit Guillaume Larrivé dans son rapport «pour un plan d’action global antiradicalisation islamiste en prison». Un texte dans lequel le député UMP de l’Yonne avance que «60 % de la population carcérale en France, soit 40.000 détenus, peuvent être considérés comme de culture ou de religion musulmane». Une appartenance qui concerne «au maximum la moitié des détenus, mais pas 60% d’entre eux», tempère le sociologue Farhad Khosrokhavar, spécialiste de l’islam dans les prisons, qui rappelle que «le fichage ethnique ou religieux est interdit et rend difficile les estimations chiffrées».

Des unités spéciales et des prisons sonorisées

Après avoir travaillé sur le budget 2015 de l'administration pénitentiaire, l'élu propose aujourd’hui des mesures chocs pour enrayer la radicalisation de l’islam dans les prisons. Dans ses conclusions, il recommande la «création d'Unités spécialisées anti-radicalisation (USAR) pour les détenus de retour du djihad» et le renforcement du renseignement au sein du milieu carcéral. «A quoi serviraient des USAR alors qu’on a un service de renseignement dédié?», interroge Farhad Khosrokhavar. Le sociologue rejoint toutefois l’élu sur un point, estimant qu’«il faudrait au moins une centaine d’agents de renseignement dans les prisons, formés à l'apprentissage de l'arabe». A ce jour, seuls treize agents sont affectés à cette mission sur un total de 189 établissements pénitentiaires.

Mettant en avant la difficulté à repérer les signes de radicalisation qui «ont presque totalement disparu, laissant la place à une radicalisation et à un prosélytisme beaucoup plus discrets», Guillaume Larrivé préconise la «sonorisation des prisons». Une façon «inefficace de traiter le problème», contredit Farhad Khosrokhavar, auteur d’une étude sur l’islam dans les prisons commandée par le ministère de la Justice, pour qui «les solutions proposées dans ce rapport sont peu crédibles».

Plus d’imams dans les prisons

Autre mesure proposée dans le rapport, l’augmentation du nombre d’aumôniers musulmans dans les établissements pénitentiaires. «Leur nombre est trop faible pour leur permettre de recevoir les détenus qui souhaitent les rencontrer, déplore-t-il, alors que de tels échanges pourraient empêcher le déclenchement d’un processus de radicalisation». Débordés, les 178 imams agréés «n’ont pas le temps d’avoir un échange individuel avec les détenus», abonde le sociologue, qui plaide pour une «réhumanisation des rapports avec les détenus».

«Il faut distinguer les fondamentalistes religieux des radicaux», avertit Farhad Khosrokhavar. «Ce n’est pas parce qu’un détenu fait un appel à la prière dans une prison qu’il va se rendre en Syrie pour faire le djihad, les vrais radicaux se cachent», nuance-t-il. «Mehdi Nemmouche faisait du prosélytisme en prison, mais c’est au cours de son voyage en Syrie qu’il s’est radicalisé», poursuit-il. «Mais avec la haine de la société qu’elle entraîne, l’incarcération peut conduire à la radicalisation», concède-t-il.