Attaques contre le juge Gentil: Henri Guaino transforme son procès en vaste débat sur les magistrats

PROCES Henri Guaino, ancien conseiller à l’Elysée de Nicolas Sarkozy, est accusé d’outrage à magistrat pour des propos tenus à l’égard du juge Gentil…

Anne-Laëtitia Béraud

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Le 01 septembre 2011. Universite d'ete du Medef - 2011 villages et Planete, objectif B20 . Henri Guaino .
 // V. WARTNER / 20 MINUTES
Le 01 septembre 2011. Universite d'ete du Medef - 2011 villages et Planete, objectif B20 . Henri Guaino . // V. WARTNER / 20 MINUTES — v. WARTNER / 20 MINUTES

Case procès pour Henri Guaino ce mercredi. En mars 2013, l’ancien conseiller spécial de Nicolas Sarkozy avait accusé à plusieurs reprises le juge Gentil d'avoir «déshonoré la justice» en mettant en examen l’ancien président dans l'affaire Bettencourt. Des propos assumés par l’ex-plume élyséenne, et pour lesquels il est poursuivi pour «outrage à magistrat» et «discrédit jeté sur une décision de justice». Quelques jours après sa mise en examen, Nicolas Sarkozy avait bénéficié d'un non-lieu dans cette affaire.

Soutenu par une grosse vingtaine de députés UMP venue à la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris, Henri Guaino a voulu faire de ce procès une tribune sur la liberté d’expression des parlementaires et sur le fonctionnement de la justice.

Critique de l'exercice du juge

Estimant que «toutes les tyrannies sont à combattre, la tyrannie politique, la tyrannie judiciaire aussi», Henri Guaino a revendiqué, au nom de son statut d’élu de la Nation, une liberté d’expression totale. En effet, si tous ses propos sont protégés par la loi au sein de l’hémicycle de l’Assemblée nationale, il peut être poursuivi pour des déclarations tenues en dehors de cette enceinte.

«On peut insulter tout le monde, un président de la République, un parlementaire, mais on ne peut pas critiquer un juge?», a questionné le député des Yvelines. «Je crois que la justice doit être servie par des magistrats qui, conscients de l'immensité des pouvoirs qui leur sont conférés, les exercent avec retenue. Sinon, nous flirtons avec l'abus de pouvoir et les limites de la démocratie», a encore assené Henri Guaino.

Procès des juges syndiqués

Au détour de ses réponses, le député des Yvelines a évoqué  le «problème majeur» d’être jugé par un juge syndiqué. Des syndicats dans le viseur de son avocat, Eric Dupond-Moretti, qui a appelé à témoigner l’ancien président de l’Union syndicale des magistrats, Christophe Regnard. L’USM, présidé en 2013 par ce magistrat, avait alors signalé au parquet de Paris les propos d’Henri Guaino. Entre l’avocat et le juge cité comme témoin, l’atmosphère s’est rapidement envenimée, Christophe Regnard s’interrogeant s’il était «là pour [s]on procès, ou le procès de l’USM». Une USM dont ne fait pas partie le juge Gentil.

«Ici, nous ne faisons pas le procès des magistrats, de la justice, mais celui d’Henri Guaino [qui] n’est pas le Dreyfus de la liberté d’expression», a recadré l’avocat du juge Gentil, Rémi Barousse. Estimant que «le fonds de commerce d’Henri Guaino est la haine du juge», Rémi Barousse réclamé 100.000 euros de dommages et intérêts pour son client. Le juge avait d'ailleurs été menacé de mort à la suite des propos d’Henri Guaino. Le procureur a quant à lui réclamé une amende de 3.000 euros. La décision du tribunal sera rendue le 27 novembre.