Synode sur la famille: Camouflet pour le pape, espoir pour les homosexuels?

RELIGION Le synode a permis de montrer que le débat autour de l'accueil des homosexuels existait au sein de l'Eglise...

Thibaut Le Gal

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Le pape François au Vatican le 17 octobre 2014
Le pape François au Vatican le 17 octobre 2014 — Alessandra Tarantino POOL

La petite révolution au sein de l’Eglise attendra. Le synode sur la famille, convoqué par le pape François, devait répondre aux nouvelles évolutions de la société (divorcés remariés, couples homosexuels). Lundi, un rapport semblait présenter une évolution historique. Il reconnaissait les «valeurs positives» au mariage civil et affirmait que les homosexuels avaient «des dons et des qualités à offrir à la communauté chrétienne». Le texte, portant la marque du pape François, ajoutait: «Sans nier les problématiques morales liées aux unions homosexuelles, on prend acte qu'il existe des cas où le soutien réciproque jusqu'au sacrifice constitue une aide précieuse pour la vie des partenaires».

>> A lire, l'interview de l'historien des religions Odon Vallet, «Les catholiques traditionalistes ont remporté une grande victoire»

«Ce devait être un pas historique»

L'ouverture a fait enrager les plus conservateurs. Rétropédalage samedi, la montagne accouchait d’une souris. Dans le rapport final, aucun accord n'était dégagé sur l’accès aux sacrements des divorcés remariés ou sur l’accueil des homosexuels. «La tentative de changement a échoué. C’est une défaite retentissante pour le pape François», analyse l'historien des religions Odon Vallet. «N’oublions pas que le centre de gravité du corps épiscopal est nettement plus conservateur. La quasi-totalité  des ecclésiastiques a été nommée par Jean Paul II et Benoit XVI», précise l’historien des religions.

«Ce devait être un pas historique de l’Eglise en faveur des homosexuels, donc forcément nous sommes déçus que le texte ne soit pas passé», témoigne Elisabeth Saint-Guily, coprésidente de David et Jonathan, mouvement d'homosexuels chrétiens. «Les homosexuels des pays d'Afrique ou d'Europe de l'Est continuent à souffrir de violences, parfois encouragées par les Eglises. Il est urgent que le Vatican se positionne contre ces violences homophobes», poursuit-elle.

Vent nouveau?

Le débat au sein de l'Eglise montre qu'un vent nouveau souffle sur les soutanes. «Cette tentative d’ouverture a marqué les esprits dans les paroisses, dans les diocèses. De nombreux ecclésiastiques ont été heureux de voir que le synode semblait tenir compte des réalités», explique Odon Vallet. «Mais le recul final les laisse désemparés. Dans beaucoup de pays comme la France ou l’Allemagne, l’Eglise est profondément divisée. Les catholiques traditionalistes ont ici remporté une grande victoire».

S’il n’a pas obtenu les deux tiers des voix (nécessaires pour être adopté), le paragraphe sur les homosexuels a toutefois été approuvé par une majorité des votants. Une nouvelle positive, note Elisabeth Saint-Guily. «Nous sentons que le pape François met davantage l’accent sur la réalité des personnes, et non plus sur la doctrine. Petit à petit, les choses bougent. Le débat va continuer jusqu’à la prochaine rencontre».

Ce sera lors du second synode, en octobre 2015. A l’issue des discussions, le pape aura le dernier mot. «Sa parole peut avoir un effet sur les plus intégristes qui militent contre nos droits», espère Elisabeth Saint-Guily. «Mais en réalité, ils sont très peu nombreux. La plupart des catholiques en France sont déjà favorables à une ouverture».