Homosexuels, divorcés: «Les catholiques traditionalistes ont remporté une grande victoire»

RELIGION A l'issue du synode sur la famille, aucun accord n'a été trouvé sur les cas des divorcés remariés et des homosexuels...

Propos recueillis par Thibaut Le Gal

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Le pape François, à l'ouverture du synode sur la famille, le 18 octobre 2014.
Le pape François, à l'ouverture du synode sur la famille, le 18 octobre 2014. — Andrew Medichini

Le pape François a tenté de faire bouger les lignes lors du synode sur la famille. Mais dans le rapport final approuvé samedi, aucun accord n'a été dégagé sur les points délicats de l'accueil dans l'Eglise des divorcés remariés et des homosexuels. Pour l'historien des religions, Odon Vallet, auteur de Dieu et les religions en 101 questions-réponses (Albin Michel), il s'agit d'une «défaite retentissante» pour le pape François.

En quoi le texte provisoire marquait-il un pas important?

Le texte provisoire comportait deux ouvertures. L’une à l’égard des divorcés remariés.  L’autre à l’égard des homosexuels. Il ne s’agissait pas d’une révolution, mais d’une évolution. On ne proposait pas d’admettre au sacrement les divorcés remariés, mais seulement de prévoir, soit par annulation du mariage, soit par une procédure de pénitence, la réadmission au sacrement. Pour les homosexuels, il n’était pas question de reconnaître le mariage, mais de faire apparaître les «dons et qualités» qu'ils pouvaient offrir à l'Eglise. On les accueillait sans pour autant reconnaître officiellement leur union.

Une évolution qui n’est pas passée lors du vote...

Dans texte définitif, il n’est plus fait allusion à ces deux sujets controversés. C’est une défaite retentissante pour le pape François, un camouflet. Pire, un cardinal américain [Raymond Leo Burke, de l'opposition conservatrice], a même déclaré que le pape avait fait «beaucoup de mal en ne disant pas ouvertement qu’elle était sa position». En réalité, François est resté muet pour accorder toute liberté aux participants. C’est la première fois depuis 50 ans au moins, qu’un cardinal s’oppose ouvertement au pape. C’est la première fois, aussi, depuis plusieurs siècles que des évêques et des cardinaux ne lui font pas confiance.

Comment l'expliquer?

La quasi-totalité de ces ecclésiastiques a été nommée par Jean Paul II et Benoit XVI. Leurs opinions sont plus conservatrices que celle du pape. Certains se posent même la question de légitimité. Ils n’ont pas accepté la renonciation de Benoit XVI. Comme le pape François a dit que lui aussi renoncerait et que son pontificat serait bref, certains commencent à jouer la montre et attendent l’élection de son successeur.

Pourtant, c’est bien le pape François qui aura le dernier mot?

Normalement à l’issue du second synode en 2015, le pape prend des décisions sous forme d’une exhortation apostolique. Mais il est quasiment impossible que le pape aille contre les évêques et cardinaux. Cela risquerait de provoquer un schisme au sein de l’Eglise. Les catholiques traditionalistes ont remporté une grande victoire. La France a joué un rôle pilote là-dedans.

N'est-ce pas une victoire symbolique pour les homosexuels?

Cette tentative de changement a marqué les esprits dans les paroisses, les diocèses. De nombreux ecclésiastiques qui préparent au mariage avaient été heureux de voir que le synode semblait tenir compte des réalités. Mais le recul final les laisse désemparés. Dans beaucoup de pays comme la France ou l’Allemagne, l’église catholique est profondément divisée. Le grand succès des manifestations contre le mariage pour tous laissait présager cet échec du pape François. N’oublions pas que le centre de gravité du corps épiscopal est nettement conservateur. Le pape a perdu pour l’instant toute marge de manœuvre malgré son immense popularité. Comme il est rusé il va prendre le temps de réfléchir et tenter de reprendre la main d‘une autre façon.