La gestion du TGV très critiquée par la Cour des comptes

TRANSPORT Aucune des six liaisons à grande vitesse citées dans le rapport n'a atteint les objectifs de rentabilité annoncés...

M.B. avec AFP

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Un TGV en gare de Lyon à Paris, le 16 juin 2014
Un TGV en gare de Lyon à Paris, le 16 juin 2014 — Bertrand Guay AFP

Des conclusions explosives. La Cour des comptes pointe les dérives de la gestion du réseau des Trains à grande vitesse (TGV) dans un rapport qui doit être présenté jeudi prochain, et dont les principaux éléments sont diffusés dans le journal spécialisé Contexte.

«L'asphyxie du modèle français de la grande vitesse»

Aucune des six liaisons à grande vitesse citées dans le rapport n'a atteint les objectifs de rentabilité annoncés, selon un article intitulé «l'asphyxie du modèle français de la grande vitesse» qui cite en exemple les lignes LGV Nord et LGV Méditerranée. La première atteindrait une rentabilité de 3% contre 12,9% initialement envisagée et la seconde 4,1%, soit deux fois moins que prévu, selon le journal spécialisé dans les «politiques publiques françaises et européennes».

La rentabilité des futurs investissements pêche elle aussi par «optimisme», poursuit le journal, qui indique en citant la Cour des comptes que pour évaluer la fréquentation du barreau (portion, ndlr) Poitiers-Limoges, RFF (Réseau ferré de France) «exagère significativement le niveau des trafics». Une rentabilité biaisée qui impliquerait un apport de subventions pouvant «aller jusqu'à 80%», souligne Contexte, reprenant le rapport de la Cour.

La Cour des comptes s'est refusée à confirmer le contenu de l'article de Contexte.

L'Etat et l'Europe contribueraient à dévoyer le rôle de la grande vitesse

«On constate que les annonces politiques, à haut niveau, confortent solidement les projets avant même que soient menées à bien les phases préliminaires», poursuivent les magistrats de la rue Cambon, cités par Contexte. Selon l'article publié en ligne dès vendredi soir, l'Etat contribuerait à dévoyer le rôle de la grande vitesse - qui consiste à «concurrencer l'aérien» et «relier de grandes métropoles en l'espace de trois heures et à un prix abordable» - en développant des projets dans le but de «dynamiser les zones moins denses».

Selon Contexte, le rapport stigmatise aussi «la part de responsabilité de l'Europe dans le dévoiement du rôle conféré à la grande vitesse», en «échafaudant un plan ambitieux de réseau européen de transport (...) quitte à prendre fait et cause pour des projets dont la rentabilité socio-économique est discutée». A ce titre, la LGV reliant Bordeaux à l'Espagne et le Lyon-Turin sont également épinglés dans le rapport, selon Contexte.

La SNCF doit «restaurer la marge opérationnelle de l'activité grande vitesse», préconise la Cour en s'inquiétant d'une «trajectoire peu soutenable». «Entre 2008 et 2013, le taux de marge enregistré par l’entreprise dans cette activité est passé de 29% à 12% du chiffre d’affaires», rappelle Contexte. «Le risque est grand de voir le transporteur national aborder l'inéluctable ouverture à la concurrence de son activité voyageurs dans une position de faiblesse préjudiciable à son avenir», ajoute le rapport, cité par Contexte.

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