Les parents de Vincent Lambert demandent son transfert dans un «centre de soins respectueux»

EXCLUSIF «20 Minutes» a pu prendre connaissance des conclusions déposées, ce jeudi soir, par les avocats des parents de Vincent Lambert devant la Cour européenne des droits de l'homme...

Vincent Vantighem
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Le CHU de Reims, où se trouve Vincent Lambert, le 16 janvier 2014
Le CHU de Reims, où se trouve Vincent Lambert, le 16 janvier 2014 — François Nascimbeni AFP

Quand elle parle de Rachel, l’épouse de son fils, Viviane Lambert utilise désormais le terme de «partie adverse». Le conflit qui les oppose sur la situation de Vincent –en état de conscience minimale depuis un accident de la route en 2008– se déroule, en effet, devant les tribunaux où se type de langage est en vigueur.

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Ce jeudi, vers 18h30, les avocats des parents de Vincent Lambert devaient déposer leurs conclusions devant la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) afin que son alimentation ne soit pas stoppée et qu’il soit maintenu en vie. Une procédure classique alors que l’instance européenne a prévu de se réunir en formation plénière, début 2015, afin d’examiner la situation du jeune homme alors que sa famille se déchire.

«Economiquement intéressée par la mort de son conjoint»

Dans leur mémoire de 31 pages que 20 Minutes a pu consulter, les parents du jeune homme commencent par justifier leur volonté de représenter les intérêts de leur fils. «Les requérants furent des éléments moteurs des diverses procédures engagées (…) Ils ont ainsi amplement démontré leur implication dans la vie quotidienne de leur fils», écrivent leurs avocats afin d’être déclarés «recevables» dans leur démarche.

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Se faisant, ils n’hésitent pas à tacler sèchement l’attitude de Rachel, l’épouse de Vincent, sur le même sujet. «La Cour relèvera que Madame Rachel Lambert est en théorie économiquement intéressée par la mort de son conjoint, puisque le droit français lui donne le droit de successible.» Avant d’enfoncer le clou: «Il est également possible d’imaginer que celle-ci ait envie de refaire sa vie, préférant toutefois attendre la mort de son conjoint. Elle peut donc être également intéressée à titre personnel.»

«Susceptible d’être levé, habillé et placé dans un fauteuil»

Mais le fond du dossier est bien de savoir si Vincent Lambert, dans un coma dit «pauci-relationnel» depuis son accident en 2008, est dans une situation irréversible ou non. Alors que son épouse s’appuie sur des expertises estimant que son cas est incurable, ses parents estiment au contraire qu’il peut encore profiter de la vie.

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«On pourrait se faire une fausse idée de la situation de Vincent Lambert, précise donc ce mémoire. La Cour doit savoir que celui-ci est susceptible d’être levé, habillé, placé dans un fauteuil, sorti de sa chambre.» Dans un entretien accordé ce jeudi à 20 Minutes, Viviane Lambert, sa mère, précise d’ailleurs qu’elle nourrit le projet de l’emmener passer les vacances d’été dans sa maison familiale située dans la Drôme provençale.

Ils réclament son transfert immédiatement

Le problème dans cette affaire, c’est que Vincent Lambert, infirmier de métier, n’a laissé aucune directive anticipée avant son accident. Ses parents ne manquent pas de le rappeler dans leur mémoire, soulevant d’ailleurs les contradictions de son épouse.

Estimant que leur fils ne bénéfice pas de «soins normaux», les parents concluent ce document en demandant qu’il soit maintenu en vie et transféré immédiatement et «dans l’attente de la décision [de la CEDH]» dans un «établissement de soins plus respectueux». «Le seul horizon de Vincent, depuis plus d’un an, est le plafond de sa chambre…»

La Cour européenne des droits de l’homme devrait se réunir, début 2015, pour examiner ce dossier.