Décès à la maternité d'Orthez: L'anesthésiste maintenue en détention provisoire

FAITS DIVERS L' anesthésiste belge de 45 ans est en détention provisoire depuis le 2 octobre à la maison d'arrêt de Pau...

B.D. avec AFP
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La maternité d'Orthez (Pyerenees-Atlantiques) le 2 octobre 2014.
La maternité d'Orthez (Pyerenees-Atlantiques) le 2 octobre 2014. — GAIZKA IROZ / AFP

Elle va rester en détention provisoire. La justice a rejeté ce jeudi matin la demande de remise en liberté d'Helga Wauters, l'anesthésiste belge placée en détention après le décès d'une de ses patientes lors d'un accouchement.

L'anesthésiste de 45 ans, qui n'était pas présente lorsque la décision a été rendue par la chambre de l'instruction de la Cour d'appel de Pau, mais qui a admis mardi avoir bu le jour du drame, est en détention provisoire depuis le 2 octobre à la maison d'arrêt de Pau après sa mise en examen pour «homicide involontaire aggravé», passible de cinq ans d'emprisonnement.

«Un soulagement»

«C'est un soulagement de la savoir en détention, une décision normale dans la mesure où il fallait protéger d'autres victimes» potentielles «et la protéger d'elle-même», a estimé Me Philippe Courtois, avocat de la mère, du père et de la soeur de la victime d'origine britannique.

«Nous notons que la porte est ouverte à la mise en liberté rapide de notre cliente, la seule difficulté étant pour l'instant la domiciliation proposée en Belgique», a assuré l'avocate d'Helga Wauters, Me Florence Hegoburu. Elle s'est refusée à toute précision, expliquant que sa cliente lui avait expressément demandé de ne pas communiquer.

Mélange de vodaka et d'eau

Lors de ses différentes auditions, Helga Wauters a reconnu «avoir bu» le soir des faits «une demi-bouteille d'un mélange de vodka et d'eau de 50cl» car il lui «faut de la vodka pour ne pas trembler». «Je n'étais pas ivre, j'étais à 70% de mes capacités», avait-elle affirmé, expliquant avoir, le 26 septembre à 18h, quelques heures seulement avant l'accident, consommé sa dose quotidienne habituelle.

Ce soir-là, elle a la charge d'une parturiente de 28 ans, d'origine britannique. vivant à Ustaritz (Pyrénées-Atlantiques), Helga Wauters, lui fait sa péridurale, puis sort boire « un verre de rosé » chez des amis. Mais l'accouchement se passe mal et une césarienne devient nécessaire. L'équipe médicale appelle au téléphone l'anesthésiste, qui arrive à pied et sent l'alcool.

Alors qu'elle prépare l'anesthésie générale de la patiente, son comportement et son élocution paraissent étranges à ses collègues. «J'étais dans un état second, débordée, ma perception était certainement modifiée», avouera Helga Wauters. La situation tourne vite au drame: au lieu de se servir du respirateur du bloc opératoire, l'anesthésiste utilise à la place un ballon manuel pour ventiler sa patiente, elle intube les voies digestives au lieu des voies respiratoires.

2,4 g/l dans le sang

Selon les témoignages cités par la Cour, l'obstétricien qui a la responsabilité de l'accouchement demande alors l'intervention d'un autre anesthésiste, mais aucun remplaçant n'est disponible. Prévenu, le Samu découvrira à son arrivée «une patiente en arrêt cardiaque, cyanosée, et des personnes sur place qui restent inactives». Les secours la raniment et la transfèrent en urgence à l'Hôpital de Pau, où elle décède le 30 septembre. Son bébé est sain et sauf.

Convoquée au lendemain du décès, l'anesthésiste s'était présentée devant les gendarmes avec un taux d'alcoolémie de 2,4 g/l dans le sang. A son domicile, les enquêteurs retrouveront 17 bouteilles de vodka vides. «La douleur de mon client est toujours intense», a indiqué Me Alexandrine Barnaba, avocate notamment du mari de la victime, mais «il n'est pas dans un esprit de vengeance».

«Nous sommes au début d'une longue procédure, les investigations seront très longues, la remise en liberté aurait été prématurée», a-t-elle souligné. La justice s'est en effet saisie de quatorze dossiers de personnes décédées récemment dans la clinique privée d'Orthez -voisine de la maternité publique et qui employait l'anesthésiste belge depuis la mi-septembre- pour s'assurer qu'aucune faute n'a été commise.

Anesthésiste depuis 1994, Helga Wauters n'était pas membre du personnel de l'hôpital mais, en vertu d'une convention signée entre la clinique, l'hôpital public et l'Agence régionale de santé (ARS), elle intervenait le soir de l'accident pour le compte de l'hôpital. A l'issue d'une procédure engagée bien avant le drame, l'ARS d'Aquitaine devrait se prononcer prochainement sur la fermeture définitive de la maternité d'Orthez, en butte à des difficultés chroniques de recrutements d'obstétriciens.