Les six a priori les plus fréquents contre les pauvres

PRECARITE Taxés d'être assistés, de profiter du système social, d'être responsables de leur situation, les pauvres sont très souvent stigmatisés dans l'opinion publique...

Delphine Bancaud

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Illustration de la pauvreté à Paris
Illustration de la pauvreté à Paris — PRM/SIPA

Les Français sont de moins en moins tolérants avec les plus démunis. La preuve encore avec les résultats d'un sondage d’ATQ Quart-Monde France dévoilé ce jeudi, à la veille de la Journée mondiale du refus de la misère. 20 Minutes a décortiqué les préjugés les plus tenaces vis-à-vis des plus pauvres.

1) En France, les pauvres peuvent obtenir des aides facilement

C’est ce que pensent 71% des sondés. «Et pourtant, demander des aides sociales est souvent très complexe. Les gens ont également peur d’être stigmatisés et de perdre leur dignité en le faisant. Ce qui explique un taux de non-recours de 29 à 70% aux prestations sociales», explique Pierre-Yves Madignier, président d'ATD Quart-Monde France. Car pour obtenir une aide, il faut bien souvent délivrer de nombreux justificatifs (dernier avis d’imposition, pièce d’identité, quittance de loyer de moins de trois mois…) et remplir des formulaires de plusieurs pages, parfois illisibles… Avant de faire la queue pendant plusieurs heures dans un organisme social.

2) Les pauvres ne paient pas d’impôts

Un avis partagé par 71% des Français. «Mais c’est totalement faux, car s’ils ne payent pas d’impôt sur le revenu, ils s’acquittent de la TVA, des taxes sur les alcools et le tabac… De plus, une partie de ceux qui ont des bas revenus paient la CSG (contribution sociale généralisée) et la CRDS (contribution au remboursement de la dette sociale)», précise Pierre-Yves Madignier.

3) Les minima sociaux découragent les gens de travailler

Une certitude pour 63% des Français. Pas pour Pierre-Yves Madignier: «Une étude de 2002 sur les bénéficiaires du RMI (ex RSA) montrait clairement qu’un tiers d’entre eux avaient repris un emploi pour un gain inférieur à 76 euros par mois. Ce qui montre bien que beaucoup sont prêts à travailler, même sans gain financier immédiat, pour retrouver un sentiment d’utilité sociale et en espérant accéder à un meilleur emploi plus tard».

4) On peut gagner plus avec un RSA qu’avec un SMIC

41% des sondés en sont persuadés. Une erreur souvent due au fait que les Français croient qu’un ménage au RSA peut bénéficier d’aides supplémentaires (CMU, complémentaire santé, tarifs sociaux de l’énergie, aide au transport, allocation de rentrée scolaire…). «En réalité, bénéficiaires du RSA et travailleurs pauvres bénéficient souvent des mêmes aides», souligne ATD Quart-Monde dans son ouvrage En finir avec les idées fausses sur les pauvres et la pauvreté.

5) Les pauvres font des enfants pour toucher des allocs

La moitié des Français le pensent selon le sondage. Une hérésie selon Pierre-Yves Madignier: «Toutes les études montrent qu’une famille défavorisée peut s’enfoncer dans la pauvreté lorsqu’elle s’agrandit. D’ailleurs, les familles les moins fortunées ne font pas plus d’enfants que les autres: les parents ouvriers ont en moyenne 2,3 enfants et les cadres 2,2».

6) La lutte contre la pauvreté coûte cher aux classes moyennes

Un avis que partagent 65% des sondés. Pourtant, dans son ouvrage En finir avec les idées fausses sur les pauvres et la pauvreté, ATD Quart-monde indiquent que les classes moyennes inférieures (qui touchent entre 1.200 et 1.600 euros par mois pour une personne) versent 43% de leur revenu en impôts sur le revenu, TVA, cotisations sociales et autres taxes. Mais en retour, elles reçoivent presque l’équivalent en aides sociales allocations-chômage, pensions retraite, couverture maladie (qui représentent au total 42% de leur revenu).