Connaîtra-t-on un jour la vérité sur la mort du petit Grégory?

JUSTICE Il y a trente ans le corps du garçonnet de quatre ans était découvert dans la Vologne…

Vincent Vantighem

— 

Lépanges-sur-Vologne, le 20 octobre 1984. Christine et Jean-Marie Villemin lors des obsèques de leur fils, Grégory.
Lépanges-sur-Vologne, le 20 octobre 1984. Christine et Jean-Marie Villemin lors des obsèques de leur fils, Grégory. — JEAN-CLAUDE DELMAS / AFP

«Ça va encore être la galère», souffle Thierry Moser. Comme chaque année, l’avocat de Christine et Jean-Marie Villemin redoute la date fatidique du 16 octobre qui replonge ses clients dans l’histoire tragique de leur fils, Grégory. Jeudi, cela fera trente ans, jour pour jour, que le corps du petit enfant a été retrouvé, pieds et poings liés, dans La Vologne.

>> Diaporama: Retour sur l’affaire Grégory en images

Le temps passant, les parents du garçon n’ont toutefois pas perdu espoir de découvrir un jour qui l’a tué et leur a envoyé des courriers anonymes. «Je suis, moi, d’un optimisme mesuré, poursuit Thierry Moser. Il y a encore de faibles chances de savoir. Pour cela, il faut compter sur les progrès de la science en matière d’ADN et sans doute sur un coup de pouce du destin…»

«Les constatations de base ratées»

De fait, les nombreuses analyses génétiques entreprises depuis 2008, date à laquelle l’enquête a été rouverte par le parquet général de Dijon (Côte d’Or), n’ont pour l’instant mené à aucune nouvelle piste. «Que voulez-vous? Une affaire criminelle où les constatations de base ont été ratées est très dure à élucider», explique Gérard Welzer, avocat de Marie-Ange Laroche, la veuve de Bernard Laroche, tué en 1985 par Jean-Marie Villemin.

>> Eclairage: Le point sur les nouvelles expertises

C’est tout le problème de cette affaire. Les faits ont été découverts à une époque où la police technique n’en était encore qu’à ses balbutiements. En analysant les cordelettes qui ont étreint les mains et jambes du garçonnet, les experts n’ont, par exemple, retrouvé qu’un ADN: celui d’un policier qui avait remonté le corps de Grégory. «Au moins, l’affaire aura permis à la police de mettre en place des procédures plus strictes», rappelle Thierry Moser.

«Tant qu’on peut faire des analyses»

Pour le reste, il faut donc compter sur la science pour tenter de mettre un jour un nom sur l’auteur du meurtre. «Tant qu’on peut faire des analyses, on le fera», assure encore Thierry Moser. Chaussures, pantalon, cordelettes: tous les éléments saisis sur le corps du garçon sont toujours en analyse aujourd’hui.

>> Kulik, Grégory, Raddad: Ces affaires que l'ADN tente de réveiller

«Si cela se passait aujourd’hui, les tests ADN permettraient sans doute de confondre rapidement l’assassin», pense Jean-Michel Lambert, le juge qui a instruit l’affaire à Epinal (Vosges) au moment des faits.

Gérard Welzer, lui, aimerait bien qu’on ne force pas trop le destin. «La recherche de la vérité est quelque chose de bien, conclut-il. Mais l’agitation pour l’agitation ne sert à rien. A un moment donné, il faut abandonner…» Thierry Moser en est bien conscient. Il a déjà prévu de faire le bilan des nouvelles analyses au Printemps 2015. «S’il n’y a rien de neuf, il faudra se résoudre à clôturer l’instruction…»