La montée du communautarisme, un sentiment plus qu’une réalité

ETUDE Les valeurs françaises sont plebiscitées et une minorité des sondés se sentent appartenir à une «communauté»...

Maud Pierron

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L'esplanade du quartier d'affaires de La Défense, près de Paris, le 15 mars 2013
L'esplanade du quartier d'affaires de La Défense, près de Paris, le 15 mars 2013 — Fred Dufour AFP

On en parle, on le dénonce, mais le communautarisme et le repli identitaire n’est pas une réalité française, selon un sondage OpinionWay pour la Licra. En effet, 83% des Français n’ont pas le sentiment d’appartenir à une «communauté» spécifique selon ses origines et même  86% des Français n’ont pas ce sentiment du fait de leur religion. Et parmi les 17% de Français qui estiment appartenir à une communauté, 20% se décrivent comme… «français» et 12% comme «Français de souche. «Contrairement à une idée répandue, le communautarisme reste marginal en France. Les personnes se sentent appartenir à la communauté française plus qu’ethnique et religieuse», explique Bruno Jeanbart, directeur général adjoint d’OpinionWay.

Et les sondés expriment un fort attachement aux «valeurs de la République française (liberté, égalité, fraternité)» à 92%, à la laïcité pour 91% et se sentent «avant tout Français» à 90%. Toutefois, à 77%, les sondés jugent en effet que «le repli communautaire» est un danger, qu’ils estiment à 67% liés aux conflits internationaux qui obligent à «choisir un camp» et à 62% à la crise. «La réalité du phénomène est minoritaire mais la crainte existe, du fait du discours ambiant, il y a un sentiment de risque de fragmentation de la société», juge Bruno Jeanbart.

«Chacun choisit son bouc émissaire»

«Cela montre une société lucide, qui n’est pas dans la désespérance et qui plébiscite les valeurs de la France. C’est une merveilleuse réponse à Zemmour et consorts», apprécie Alain Jakubowicz, président de la Licra, qui voit toutefois une «exception» à son optimisme dans les «solutions» prônées pour lutter contre ce communautarisme: à 45% les sondés veulent «mettre plus de moyens pour la police et la justice». «La répression est un échec. C’est de plus de pédagogie dont on a besoin», insiste-t-il, une solution retenue par 37% des sondés.

Petit paradoxe toutefois, 72% des sondés ont «le sentiment que la France accorde plus d’importance aux difficultés subies par certaines minorités» sans qu’une minorité ne soit toutefois ciblée en particulier. Pour 13% des sondés, ce sont les musulmans et les juifs qui sont les minorités les mieux traités. Les étrangers sont visés par 10%, les homosexuels par 4%... comme les chômeurs…«C’est toujours ce sentiment que "l’autre" est mieux traité que soi. Cela renvoie à un sentiment du développement des inégalités beaucoup plus global, qui dépasse les questions de religion ou d’ethnicité», explique Bruno Jeanbart. «C’est une contradiction: on voit le repli communautaire comme un fléau. Mais chacun choisit son bouc émissaire. L’histoire montre qu’en période de crise, on ne se préoccupe plus de l’autre et l’autre devient un ennemi», avance Alain Jakubowicz. «Le paradoxe de l’étude, c’est que la crainte apparait très élevée par rapport à la réalité. Cela renvoie à la crise de l’identité en France actuellement», réplique Bruno Jeanbart quand Alain Jakubowicz parle d’une «photographie de la société française qui donne des raisons d’espérer».

 

 

Enquête réalisée les 8 et 9 octobre sur un échantillon de 1.006 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, selon la méthode des quotas.