EXCLUSIF. 57% des Français souhaitent que l’Etat contrôle fortement les contenus sur Internet

SONDAGE Pour limiter les dérives, une majorité de Français est prête à restreindre les libertés individuelles, selon un sondage révélé par «20 Minutes»…

Anne-Laëtitia Béraud

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Illustration des données personnelles sur Internet.
Illustration des données personnelles sur Internet. — SEBASTIEN SALOM-GOMIS/SIPA

Piratages en ligne, dévoilement de photos intimes d’actrices, l’usage des certaines données personnelles collectées sur Internet peut susciter des inquiétudes.

Alors que seuls 45% des Français estiment qu’ils connaissent plutôt bien les risques sur Internet, ils sont 57% à souhaiter que l’Etat contrôle fortement les contenus sur le Web, selon le baromètre d’octobre 2014 de l’innovation BVA-Syntec Numérique-20 Minutes-01 Net-BFM Business-L’Usine nouvelle*. Seuls 41% se disent opposés à l’idée d’un Etat grand gendarme d’Internet, car cela réduirait leur liberté.

«Plus qu’une volonté de restriction des libertés publiques, ce chiffre est l’expression d’une inquiétude face aux dérives potentielles de l’usage de leurs données personnelles», explique le sondeur de BVA, Erwan Lestrohan. Une inquiétude qui s’exprime en priorité chez les populations les plus âgées (à partir de 50 ans) et «les moins internautes», comme les ouvriers (62%) et les employés (60%). «Les profils les plus aguerris, comme les jeunes et les cadres, sont les moins inquiets», précise le sondeur.

Besoin de protection mais pas d'intrusion dans la vie privée

Face à ce désir d’être protégé, 70% des Français affirment que l’acteur le plus efficace est une autorité indépendante comme la Cnil (la Commission nationale de l'informatique et des libertés), bien devant les sociétés privées (16%), et l’Etat (11%). «Il y a une confiance forte dans ces autorités qui assurent une mission de service public. Les sociétés privées souffrent, elles, de la méfiance. Les internautes sont confrontés au phishing, au spamming, aux diverses techniques de marketing qui alimentent le soupçon», souligne Erwan Lestrohan. Quant au faible score de «l’Etat», le sondeur souligne que cette défiance pourrait être nourrie par l’affaire des écoutes de la NSA aux Etats-Unis.

Mais besoin de protection ne rime pas avec intrusion dans la vie personnelle. Ainsi, 78% des sondés sont contre l’intégration des boîtiers enregistreurs dans les automobiles, reliés aux assureurs, contre 21% de personnes favorables. Cette pratique qui apparaît aux Etats-Unis est rejettée massivement par les Français. «Quand bien même cette technologie pourrait engendrer des économies, elle est jugée trop intrusive pour les Français», explique Erwan Lestrohan. 

*Enquête réalisée par BVA sur Internet les 8 et 9 octobre auprès d'un échantillon représentatif de 1.224 Français, âgés de 18 ans et plus (méthode des quotas).