L’insécurité alimentaire de plus en plus présente dans la vie des Français

DÉCRYPTAGE Il n’existe pas en France de chiffres officiels pour mesurer l'insécurité alimentaire, mais au moins 3,5 millions de Français bénéficient d’une aide alimentaire...

Bérénice Dubuc
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Un bénévole de la banque alimentaire du Calvados collecte des provisions le 24 novembre 2006 à Caen.
Un bénévole de la banque alimentaire du Calvados collecte des provisions le 24 novembre 2006 à Caen. — Mychele Daniau AFP

Non, l’insécurité alimentaire ne touche pas que les pays du Sud. Au Nord aussi, des personnes n’ont pas accès à une «alimentation en quantité et qualité nutritives suffisantes pour une croissance et un développement normal leur permettant de mener une vie saine et active», selon la définition de la sécurité alimentaire donnée par la FAO.

Les représentants des quinze associations à l’origine du Baromètre de la faim 2014 -qui sera officiellement publié à l'occasion de la journée de l'alimentation le 16 octobre- ont même souligné ce mardi une situation paradoxale: comme le montrent les derniers chiffres de la FAO, l’insécurité alimentaire a tendance à baisser globalement, mais est en hausse dans les pays du Nord.

Pas de données officielles

«Quand on parle d’insécurité alimentaire, on pense immédiatement aux enfants qui meurent de faim en Afrique. Mais l’insécurité alimentaire, ce n’est pas seulement avoir faim, c’est aussi la malnutrition, une alimentation de piètre qualité», explique à 20 Minutes Gaëtan Lassale, chargé de relations institutionnelles aux Banques Alimentaires. «Même si c’est une problématique très inquiétante dans les pays du Sud, l’insécurité alimentaire progresse au Nord, et notamment en France.»

En effet, au moins 3,5 millions de Français sont dans cette situation. «Il ne s’agit là que des chiffres de ceux qui ont aujourd’hui recours à un soutien alimentaire, précise Gaëtan Lassale. Il faut aussi compter tous ceux qui n’osent pas ou n’ont pas les moyens de bénéficier de ce type d’aide.» Un chiffre approximatif car il n’existe pas en France de données officielles pour mesurer l'insécurité alimentaire. Or, «pour apporter une réponse, il faut savoir clairement combien de personnes sont concernées», souligne Gaëtan Lassale.

Hausse de 25% du nombre de bénéficiaires depuis 2009

Il rappelle que l'insécurité alimentaire -tout comme la pauvreté en général- a fait un bond dans les pays du Nord, et notamment en France, depuis la crise de 2008. «Ce sont des problématiques de plus en plus présentes dans la vie des Français. Nous le percevons par l’intermédiaire du nombre de bénéficiaires des Banques Alimentaires, qui a connu une hausse de 25% depuis 2009.»

Paradoxe ultime, ce sont parfois les producteurs de denrées alimentaires qui n’ont pas les moyens de se nourrir. L’association Solidarité Paysans, qui appuie les agriculteurs en difficulté, constate ainsi que «certains agriculteurs ont recours aux différentes offres d’aide alimentaire (Restos du cœur, Banques Alimentaires…)», même si elle est dans l’incapacité de donner les chiffres exacts de cette tendance.

Pour l’expliquer, l’association avance «la spécialisation de l’agriculture, qui pousse les agriculteurs à ne plus faire que de l’élevage ou de la monoculture», mais aussi le fait que «les agriculteurs sont de plus en plus seuls sur les exploitations, ce qui ne leur laisse plus le temps de pratiquer une agriculture plus vivrière, (comme un potager par exemple), qui leur permettait auparavant de pallier les variations de revenus».