Comme les sectes, les recruteurs de l’Etat islamique ciblent des proies faciles

TERRORISME Une adolescente de 15 ans ayant fugué pour faire le djihad en Syrie a été arrêtée à Marseille…

W.M.

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Khaled Sharrouf, parti d'Australie l'an dernier pour mener la Syrie, a publié sur son compte Twitter plusieurs photos avec son fils en plein jihad.
Khaled Sharrouf, parti d'Australie l'an dernier pour mener la Syrie, a publié sur son compte Twitter plusieurs photos avec son fils en plein jihad. — Capture d'écran / Twitter

Jeune et de préférence bien fragile. Les recruteurs de l’organisation de l’Etat islamique ciblent des proies faciles, à l’instar d’Assia, l’adolescente qui a fugué pendant quatre jours à Marseille pour aller «faire le djihad en Syrie», avant d’être arrêtée dans la nuit de samedi à dimanche et d'être finalement mise en examen ce lundi pour vol. Ou encore Léa, même âge, qui a raconté au Nouvel Observateur que ses recruteurs djihadistes voulaient qu'elle commette des attentats en France.

Rupture familiale

Pour trouver ses futures recrues, l’organisation de l’Etat islamique (EI) investit les réseaux sociaux. Ils visent des jeunes, parfois adolescents, qui, du partage de vidéos virales au «like» d’un statut largement commenté, «tombent» au détour de quelques clics sur la page Facebook d’un Français parti sur zone irako-syrienne.

Ce dernier, typiquement, présente le djihad comme un eldorado, se met en scène kalachnikov en main, et s’emploie à rendre «cool» le djihad armé. Ce «cyber-recruteur» est à la recherche de jeunes en perte de repères. Et si possible sans réelle culture religieuse. La jeune Assia «considère que participer au djihad est "une expérience de la vraie vie". Son degré de religiosité apparaît extrêmement faible et il n'y a aucun propos idéologiquement construit», fait remarquer le procureur de la République de Vienne. «Il semble qu'elle apprenne par cœur les sourates sans réellement en comprendre le sens et ne parle absolument pas arabe.»

Dans leur argumentaire, les recruteurs ont davantage à cœur de convaincre leur proie de quitter le domicile familial plutôt que d’élever leur culture religieuse. Pour les attirer à la frontière turco-syrienne, d’où ils pourront les prendre en charge pour intégrer Daesh, ils usent de fausses promesses et leur font miroiter des postes importants au sein de l’organisation. Mais une fois sur place, la désillusion est totale. Les Français sont la plupart du temps réduits à des taches ingrates et subalternes. Certains même ne toucheront jamais une arme.

Radicalisation ou dérive sectaire?

Le processus de recrutement des djihadistes s’apparente de cette façon à celui des sectes. Dounia Bouzar, auteure en janvier dernier de Désamorcer l’islam radical, ces dérives sectaires qui défigurent l’islam, tente d’en faire la démonstration depuis de nombreuses années. Elle a même créé un centre de prévention contre les dérives sectaires liées à l’islam, pour aider les travailleurs sociaux à faire la distinction entre ce qui relève «de la liberté de conscience et ce qui s’apparente à une dérive sectaire».

«Les techniques sectaires sont employées. Les recruteurs disent aux jeunes ciblés que tout le monde leur ment. Ils leur assurent ensuite que le monde est dominé par des sociétés secrètes. Ce n'est qu'après ces étapes que le discours religieux est employé. Les recruteurs assurent aux jeunes que la seule chose qui peut sauver les peuples, c'est l'islam. C'est à ce moment que l'endoctrinement "djihadiste" opère», expliquait-elle sur l'antenne d'Europe 1 en septembre dernier.

De son côté, la mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) se montre beaucoup plus prudente. Son président, Serge Blisko, expliquait à Slate en mars dernier faire la distinction entre radicalisation religieuse et la dérive sectaire. «C’est un phénomène voisin qui a quelques traits communs, dont le principale est la coupure familiale et sociale complète ou partielle mais sinon après ça s'arrête là», indiquait-il. Ajoutant que pour établir la dérive sectaire, il faudrait qu'il y ait eu une emprise mentale sur ces jeunes, «un procédé qui semble très difficile à déterminer».