Le débat sur le remplacement des profs absents relancé

EDUCATION Selon « Le Parisien», 659.293 journées d'absence d'enseignants du premier degré n'auraient pas été remplacées pendant l'année 2012-2013...

Delphine Bancaud
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C'est la rentrée dans cette classe d'une école primaire de Nice.
C'est la rentrée dans cette classe d'une école primaire de Nice. — B.BEBERT/SIPA

Le chiffre fait froid dans le dos. Selon Le Parisien qui s'est procuré des données de la Direction générale de l'enseignement scolaire, 659.293 journées d'absence d'enseignants du premier degré n'auraient pas été remplacées pendant l'année 2012-2013. Ce qui représente plus de trois millions d'heures de classe.

Car si le taux de remplacement des profs est de 87,96% au niveau national, de fortes disparités régionales existent. Ainsi, le taux de non-remplacement des professeurs absents est de 1,5% dans l'académie de Poitiers alors qu'il est de 26,8% en Corse et de 21,4% dans l'académie d'Aix-Marseille.

Une situation due, selon la ministre de l'Education nationale Najat Vallaud-Belkacem aux 80.000 suppressions de postes effectuées sous le gouvernementde Nicolas Sarkozy, qui auraient contraint certaines académies à tailler dans les effectifs de remplaçants.«660.000 jours d'absence, ce sont des chiffres importants, par rapport aux années précédentes ou aux suivantes», a-t-elle reconnu lors d'un déplacement à Lille. «C'était la conséquence des difficultés dans laquelle l'Education nationale a été plongée après la suppression de 80.000 postes d'enseignants ces dernières années par la majorité de droite», a-t-elle estimé.

Le manque de remplaçants encore

Et les créations de postes depuis le début du quinquennat de François Hollande n'auraient pas encore permis d'inverser la vapeur. «Il nous manque toujours 2.000 remplaçants», explique Sébastien Sihr, secrétaire général du SNUipp dans Le Parisien.«Les académies ont privilégié souvent les ouvertures de classes pour répondre aux demandes de hausse d'effectifs, au détriment des moyens de remplacements», a expliqué pour sa part la directrice générale de l'enseignement scolaire, Florence Robine..

Selon le ministère, 2.000 postes de remplaçants ont été supprimés entre 2007 et 2012, dont 630 pour la seule année 2012-2013.

«Depuis la rentrée 2013, avec les créations de postes, nous réaugmentons les moyens de remplacement», a indiqué Florence Robine, avec «environ 400 postes» supplémentaires pour l'année scolaire 2013-2014. Un chiffre inférieur au 720 postes de remplaçants promis par l'ancien locataire de la rue de Grenelle, Vincent Peillon, en avril 2013.

Les propositions de la médiatrice de l'Education reviennent sur la table

Pour lutter contre cet écueil, Monique Sassier, la médiatrice de l’Education nationale, avait suggéré en 2013 plusieurs solutions. Plutôt qu’attendre qu’un enseignant de la même discipline vienne remplacer au pied levé son confrère malade, ce qui est souvent difficile à mettre en œuvre, la médiatrice militait pour trouver des solutions à l’intérieur même de l’établissement. 

Elle préconisait de penser en termes d’enseignements remplacés sur l’année, au lieu de raisonner selon une logique comptable d’heures à remplacer. «Il n’est pas sûr qu’il faille remplacer une heure de maths par une heure de maths», indiquait-elle, suggérant par exemple, qu’un prof de français échange ses heures de cours avec son collège de maths absent. «Il prendra de l’avance dans sa discipline et rétrocédera un temps de cours à son collègue lorsqu’il sera de retour.»

Autre proposition audacieuse: permettre aux enseignants qui le souhaitent, d’enseigner dans une autre discipline que la leur en cas d’absence d’un collègue. Et même favoriser la «circulation des enseignants entre les diverses catégories d’établissements (lycée professionnel et lycée général par exemple)».

Des suggestions qui seront peut-être étudiées par la nouvelle ministre de l'Education, Najat Vallaud-Belkacem.