Economies du budget famille: «On va faire passer la pilule grâce à un habillage de gauche: l’égalité homme-femme»

SOCIETE Le politologue Rémi Lefebvre estime que ces mesures vont polariser à nouveau le débat gauche/droite sur les questions familiales...

Propos recueillis par Thibaut Le Gal

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Manifestation de la Manif pour tous le 2 février 2014 à Paris.
Manifestation de la Manif pour tous le 2 février 2014 à Paris. — FABIEN PINTER/SIPA/SIPA

Le gouvernement espérait  faire passer le déficit de la Sécurité sociale au-dessous des 10 milliards d'euros en 2014. Marisol Touraine l'a reconnu dimanche, il atteindra finalement 11.7 milliards. Pour combler le «trou de la sécu», la ministre de la Santé et des Affaires sociales aurait décidé de s'attaquer au budget familles. Le congé parental pourrait être ainsi divisé par deux pour les femmes (de 3 ans à 18 mois), et allongé pour les hommes (18 mois contre 6 aujourd'hui). La prime de naissance devrait elle réduite de moitié dès le deuxième enfant. Ces mesures risquent de faire hurler l'opposition. Elles sont «très habiles politiquement», estime le politologue Rémi Lefebvre, car elles vont permettre de «polariser à nouveau le débat gauche-droite» sur des questions sociétales.

S’attaquer à la politique familiale, n’est-ce pas s'aventurer sur un terrain glissant?

C'est un terrain dangereux car la famille touche tous les Français. On est sans doute le pays d’Europe où les politiques familiales sont les plus généreuses. On met souvent en avant le lien entre ces politiques et la vitalité de notre natalité, plus importante que dans les autres pays, notamment l’Allemagne. Il faut s'attendre à des indignations dans la classe politique. Cependant, il sera difficile de voir l’impact de ces mesures sur la natalité. Les coûts politiques seront étalés dans le temps, il n’y a pas de risques immédiats pour le gouvernement.

La famille est surtout un marqueur politique très fort. De par son héritage catholique, la droite est très attachée à la préservation du modèle familiale traditionnel. C’est un totem de la droite et un sujet de clivage avec la gauche. On l’a vu lors du débat sur le mariage pour tous.

On peut s'attendre à des modifications du congé parental. N'est-ce pas prendre le risque de relancer le débat sur la place de l’homme et de la femme dans la société?

C’est très habile politiquement. Dans un contexte difficile, la mesure permettra de réduire le déficit de la sécurité sociale. Mais on va faire passer la pilule, grâce à un habillage de gauche: l’égalité homme-femme. Les attaques à gauche seront d’emblée désamorcées car il sera difficile de critiquer le fait qu’on invite les pères à s’occuper d’avantage de leurs enfants, et les mères à rester actives. En réalité, la mesure est hypocrite dans le sens où la plupart des hommes ne prendront pas le congé familial. Tactiquement, on donne une coloration de gauche à une mesure de réductions des coûts.  A droite, la mesure sera vécue comme une nouvelle agression contre la famille.

Voilà un argument de plus pour les partisans de La Manif pour Tous, qui prévoit de manifester le 5 octobre...

Le gouvernement a tout intérêt à remobiliser les partisans de la Manif pour tous. Cela leur permettra de resserrer les rangs à gauche en clivant à nouveau le débat public sur des enjeux sociétaux. Economiquement, la politique sociale-libérale menée par Manuel Valls ne divise pas tant que ça les deux camps. En cristallisant l'opposition, ces mesures vont permettre de replacer la politique du gouvernement un peu plus vers la gauche tout en réduisant le déficit. Voilà une bonne nouvelle pour François Hollande.