Chambon-sur-Lignon: Le calvaire d’Agnès, violée, tuée et brûlée, réexaminé en appel

JUSTICE Agé de 17 ans au moment des faits il y a trois ans, Matthieu avait été condamné à la perpétuité en première instance…

Vincent Vantighem
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La police encadre Matthieu, condamné en première instance pour l'assassinat d'Agnès Marin, au Puy-en-Velay le 26 juin 2013.
La police encadre Matthieu, condamné en première instance pour l'assassinat d'Agnès Marin, au Puy-en-Velay le 26 juin 2013. — FAYOLLE PASCAL/SIPA

«Il ne l’a pas seulement tuée. Il l’a violée, il l’a poignardée, il l’a tuée, il l’a brûlée…» Voilà comment Frédéric Marin, le père d’Agnès, a pris l’habitude de raconter le calvaire que Matthieu, 17 ans, a fait subir à sa fille de 13 ans dans l’enceinte même du collège-lycée Cévenol du Chambon-sur-Lignon (Haute-Loire). Histoire de bien faire comprendre l’horreur des faits.

La perpétuité, «une peine qui n’a pas de sens»

Trois ans après la découverte du corps d‘Agnès, le jeune homme va être rejugé en appel, à partir de lundi, devant les assises pour mineurs de Riom (Puy-de-Dôme). A cette occasion, ses deux avocates vont tenter de lui faire échapper à la peine de réclusion à perpétuité à laquelle il a été condamné lors du procès en première instance en juin 2013.


>> Vidéo: Revivre le verdict du procès.

«Cette peine n’a pas de sens. Cela signifie qu’on le considère comme un monstre qu’il convient d’éliminer, qu’on a fait d’ores et déjà une croix sur la perspective de ce garçon de se soigner et de s’améliorer», justifie Isabelle Mimran, l’une de ses deux défenseurs.

Des «traits pervers très actifs et effrayants»

En choisissant cette peine lors du premier procès, les jurés étaient, en effet, allés au-delà des trente années de prison réclamées alors par le ministère public. Une condamnation à la perpétuité unique à ce jour, les mineurs ayant jusque-là toujours bénéficié de l’excuse de minorité (lire l’encadré).

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Pour prendre cette lourde décision, les jurés s’étaient basés autant sur le passif du jeune homme que sur sa personnalité. Accro aux stupéfiants et aux jeux vidéo, l’adolescent «aux traits pervers très actifs et effrayants», selon les experts, avait en effet déjà violé sous la menace d’une arme une jeune fille de 15 ans un an avant de s’en prendre à Agnès. Un fait pour lequel il sera également rejugé à Riom.

Frédéric Marin: «On n’en veut à personne»

En novembre 2011, il avait profité d’une après-midi libre au collège pour emmener Agnès dans une forêt voisine au prétexte de cueillir des champignons hallucinogènes. Outre les violences sexuelles, l’autopsie du corps de la jeune fille avait révélé qu’elle avait reçu 17 coups de couteau dans le thorax et à la tête avant d’être brûlée aux abords d’un ravin.

Avec son épouse, Frédéric Marin a toujours assuré qu’il «n’en voulait à personne» dans cette affaire. «On veut juste que cela ne se reproduise pas, confiait-il à 20 Minutes, peu après le drame. Agnès ne méritait pas ça! Personne ne mérite ça!» Le verdict est attendu le 10 octobre.

L’excuse de minorité

L’ordonnance du 2 février 1945 prévoit que les mineurs peuvent bénéficier de l’excuse de minorité. Si cette excuse est retenue par le jury, la peine qu’ils encourent est alors divisée par deux. Dans l’histoire judiciaire française, seul Patrick Dils n’avait pas bénéficié de cette mesure. Condamné à la perpétuité en 1989 pour le double meurtre de Montigny-lès-Metz (Moselle) alors qu’il n’avait que 16 ans, il avait finalement été acquitté en 2002.