Procès Magnotta: «Il n’y a pas de peine assez lourde pour ce qu’il a fait», dit l'ancien employeur de Jun Lin

REPORTAGE Le jury canadien va rendre son verdict en fin de semaine après près de trois mois d'audiences…

William Molinié
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L'épicerie de Kankan Huang (à droite), le dernier employeur de Jun Lin, rue Wellington à Montréal.
L'épicerie de Kankan Huang (à droite), le dernier employeur de Jun Lin, rue Wellington à Montréal. — WILLIAM MOLINIE / 20 MINUTES

Pendant plusieurs mois, Kankan Huang a eu peine à ranger les palettes dans le fond de la réserve. «C’était une des tâches attribuées à Jun Lin», nous expliquait-il gravement derrière son comptoir, les mains sur la caisse, lorsque nous l'avions rencontré fin septembre à Montréal. Parfois, il passait derrière la caisse, pour rendre le change aux clients. «C’était un très bon travailleur», racontait-il.

Luka Magnotta, l'homme soupçonné d'avoir dépecé l'étudiant chinois Jun Lin, devrait être fixé sur son sort en fin de semaine. Le jury doit à partir de vendredi se retirer pour délibérer. Il ne quittera le tribunal qu'une fois sa décision rendue.

«J'ai cru qu'il rentrait chez lui»

Le gérant de l'épicerie, située rue Wellington, n'a pas été appelé à témoigner durant le procès. Mais il le suit très attentivement depuis le début des audiences. «Il n’y a pas de peine assez lourde pour ce qu’il a fait. Même la prison à vie ne serait pas assez. En Chine, on l’aurait tué», commente-t-il.

Il est le dernier à avoir vu vivant Jun Lin. C’était le 24 mai 2012, vers 5h de l’après-midi. «Il avait fini son service. J’ai cru qu’il rentrait chez lui, comme à son habitude», se souvient-il.

Le corps du garçon ne sera retrouvé que quatre jours plus tard, dispersé à travers le Canada, son bourreau ayant pris soin d’envoyer des membres par la poste à des partis politiques canadiens et des écoles. Sa tête a été identifiée près d’un mois et demi plus tard, après avoir été découverte dans un parc de l’île de Montréal.

Le dépanneur où Jun Lin travaillait, rue Wellington à Montréal - W.M./20 Minutes

«Les gens l'aimaient beaucoup»

«La famille est venue nous rendre visite quatre mois après le drame. Sa mère ne s’est pas arrêtée de pleurer. Le plus dur, disait-elle, était de ne pas pouvoir se recueillir sur le corps entier de son fils», poursuit Kankan Huang. Au cours des jours qui ont suivi la médiatisation de l’enquête, des dizaines de riverains sont venues déposer des fleurs devant la boutique.

Ce garçon sans histoire, dont la vie se résumait au travail et aux études, a laissé un souvenir touchant aux habitants du quartier. «Les gens l’aimaient beaucoup. Il faisait la discussion avec les personnes âgées, bien souvent seules, se souvient le gérant. Jun Lin nous manque à tous énormément.»

«Il était toujours souriant et disponible. Son seul malheur est d'être tombé entre les mains de ce malade», appuie le serveur d'un café voisin.

Une bourse Jun Lin et un mémorial ont été offerts par l'université de Concordia -

«En Chine, on l'aurait tué»

La mémoire de Jun Lin dans le quartier s'effacera à mesure que le temps passera. Sa famille était en Chine et il avait très peu d’attache à Montréal, si ce n’est son colocataire ou quelques amis de l’université Concordia qui le définissent comme un garçon «discret». «Nous, les Chinois, on ne fait pas de vague dans la société canadienne. D’ailleurs, les policiers ont mis deux jours à réagir au signalement de sa disparition. Ils ne croyaient pas à l'aspect criminel de cette affaire», raconte un ancien camarade de l'université, exigeant l'anonymat.

Tout au long du procès, les clients réguliers ont apporté des marques d’affection plus appuyées à l’employeur de Jun Lin. «Il n’avait que nous ici, confie Kankan Huang. Je continue de parler de lui avec les voisins… C’est une façon d’honorer sa mémoire et de ne jamais l’oublier, ici, dans le pays où il a été tué.»