Pas-de-Calais: «Mamie Yvette», 76 ans, jugée pour avoir organisé 169 lotos

JUSTICE La septuagénaire encourt trois ans de prison et 90.000 euros d’amende…

Vincent Vantighem

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Saint-Omer, le 23 septembre 2014. Yvette Bert, dans son appartement, se prépare à être jugée pour avoir organisé 169 lotos.
Saint-Omer, le 23 septembre 2014. Yvette Bert, dans son appartement, se prépare à être jugée pour avoir organisé 169 lotos. — PHILIPPE HUGUEN / AFP

Elle n’a jamais touché le jackpot. Pire, Yvette Bert, 76 ans, va se retrouver, ce jeudi, à la barre du tribunal correctionnel d’Arras (Pas-de-Calais) pour avoir organisé plus de 160 lotos-bingos entre 2009 et 2013. Durant cette période, celle que tout le monde surnomme «Mamie Yvette» arpentait les routes du Pas-de-Calais avec son boulier et ses cartons dans le coffre.

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«Tout le monde le savait, ce n’était pas caché, j’en faisais un tous les dimanches, se défend-elle. L’argent, ce n’était pas pour moi, c’était toujours pour redistribuer à des personnes qui en avaient besoin.» En tout, ses loteries auraient généré 460.753 euros de recettes. Un peu trop pour l’administration fiscale qui lui réclame à ce titre 88.000 euros d’impôts.

Un monopole de la Française des Jeux

L’autre problème pour Yvette, c’est surtout que l’organisation de loteries est prohibée en France depuis la loi du 21 mai 1836. «La Française des jeux dispose du monopole, explique l’avocat Pascal Bibard, habitué de ce type de procédure. Les associations ont le droit d’en organiser un ou deux par an pour financer leurs projets. Mais les animateurs qui en font un métier n’ont pas le droit. Surtout si les mises dépassent 20 euros…»

Pourtant, avec la crise, les lotos-bingos deviennent de plus en plus en vogue dans les campagnes françaises. «On en voit tout le temps, témoigne pour 20 Minutes Véronique Delpierre, une habitante de Boulogne-sur-Mer qui a signé la pétition en ligne de soutien à Yvette Bert. Quand on voit des gens acheter de grandes quantités de lots dans les magasins, on se doute bien que ce n’est pas pour eux…»

«La presse locale venait faire des photos»

D’autant plus que le législateur a déplafonné la valeur des lots proposés lors de ces événements. «Avant, on pouvait gagner un jambon à l’os ou un panier garni, se souvient Pascal Bibard. Aujourd’hui, il n’est pas rare de trouver un voyage ou même une voiture en guise de gros lot. Du coup, il y a de plus en plus de monde intéressé.»

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Yvette, elle, jure la main sur le cœur qu’elle a reversé tout l’argent perçu pour des associations caritatives. «A chaque fois que je remettais un chèque, la presse locale venait faire une photo. Ça n’est pas difficile à vérifier.»

«L’essentiel, c’est qu’il n’y ait plus de loterie»

A l’origine de la citation directe, le parquet d’Arras confirme que la septuagénaire n’est pas soupçonnée d’enrichissement personnel. «Il n’y a aucun intérêt à ce que cette dame soit assommée par une lourde peine, explique ainsi Adam Chodkiewiez, substitut du procureur d’Arras. L’essentiel, c’est qu’il n’y ait plus de loterie…»

Selon le Code pénal, «Mamie Yvette» encourt une peine de trois ans de prison et 90.000 euros d’amende en plus des arriérés d’impôts.