Sarkozy bénéficie d’un répit dans l'enquête pour corruption, mais pas encore dans les autres affaires

DECRYPTAGE L’ancien chef de l’Etat, qui vient d’annoncer son retour en politique, est inquiété par plusieurs enquêtes judiciaires…

Vincent Vantighem

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Nicolas Sarkozy au 20 Heures de France 2, le 21 septembre 2014.
Nicolas Sarkozy au 20 Heures de France 2, le 21 septembre 2014. — FRANCE 2 / AFP

Nicolas Sarkozy connaît bien le chemin. Mais la route qui est censée le mener à l’Elysée en 2017 est pavée d’embûches.

>> Les faits: La justice suspend l’enquête pour «corruption»

Si la cour d’appel de Paris a annoncé, ce mercredi, avoir «suspendu» l’enquête le concernant dans le cadre des soupçons de corruption nés des écoutes avec son avocat, les nuages sont toujours aussi nombreux au-dessus du chef de l’Etat. 20 Minutes dresse la liste des affaires.

L’affaire de corruption

Pour l’instant, ce n’est qu’un répit, voire même un sursis. La cour d’appel de Paris a annoncé, ce mercredi, avoir «suspendu» l’instruction ouverte sur des soupçons de «corruption» visant Nicolas Sarkozy. Menant des écoutes sur le téléphone de l’ancien chef de l’Etat et sur celui de son avocat, Thierry Herzog, les magistrats avaient découvert que Nicolas Sarkozy tentait d’obtenir des informations sur l’affaire Bettencourt de la part d’un magistrat de la Cour de cassation qui, en échange, voulait obtenir un poste à Monaco.

«Gilbert Azibert [le magistrat à la Cour de Cassation] était candidat à un poste à Monaco (...) Thierry Herzog m'a demandé si je pouvais me renseigner pour faire une démarche auprès de Monaco. Je n'ai pas fait cette démarche», s’était défendu début juillet Nicolas Sarkozy.

Pour les défenseurs de l’ancien chef de l’Etat, ces écoutes étaient illégales. Ils ont donc déposé des requêtes pour faire annuler la procédure. C’est pour pouvoir examiner sereinement ces requêtes en nullité que la cour d’appel a «suspendu» l’instruction en cours. Elle pourrait reprendre dans un délai de six mois environ. En attendant, le désormais candidat à la présidence de l’UMP reste mis en examen.

L’affaire Bygmalion

Elle a déjà eu la tête de Jérôme Lavrilleux et celle de Jean-François Copé. L’affaire Bygmalion pourrait bien éclabousser aussi Nicolas Sarkozy. Née de soupçons de surfacturation de prestations rendues à l’UMP, l’affaire est devenue celle des comptes de la campagne présidentielle de 2012. En effet, 10 à 11 millions d’euros auraient été imputés au parti pour dissimuler le dépassement du plafond de dépenses de campagne autorisé.

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Nicolas Sarkozy a toujours prétendu qu’il n’avait été informé de rien. «J’ai appris le nom de Bygmalion longtemps après la campagne présidentielle», a-t-il encore rappelé dimanche soir lors de son interview à France 2. Une affirmation remise en cause par plusieurs éléments du dossier. Selon une source proche du dossier, les enquêteurs devraient prochainement procéder à des auditions dans le cadre de cette enquête.

L’affaire du financement libyen

50 millions d’euros. Voilà la somme que l’ancien régime libyen de Mouammar Kadhafi aurait versée à Nicolas Sarkozy dans le but de financer sa campagne présidentielle de 2007. Une accusation «grotesque» pour l'ancien chef de l'Etat. Depuis avril 2013, des juges du pôle financier enquêtent donc sur cette affaire. C’est d’ailleurs dans ce cadre que l’ancien président avait été placé sur écoutes.

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C’est aussi dans ce cadre-là que les enquêteurs avaient découvert que Claude Guéant avait touché un versement de 500.000 euros depuis un compte à l’étranger. L’ancien secrétaire général de l’Elysée avait expliqué qu’il s’agissait du prix de vente de plusieurs tableaux du peintre hollandais Andries van Eertvelt (17e siècle).

L’affaire Karachi

«C’est une fable», avait dit Nicolas Sarkozy au début de l’enquête. De fait, l’ancien chef de l’Etat ne fait pas partie de la liste des six personnes qui sont renvoyées devant un tribunal correctionnel dans le cadre de l’affaire Karachi.


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Ici, ce sont des contrats d’armement passés entre la France et le Pakistan qui sont soupçonnés d’être à l’origine de rétrocommissions ayant servi à financer la campagne présidentielle d’Edouard Balladur en 1995 et que Nicolas Sarkozy soutenait. Pas mis en cause, l’ancien chef de l’Etat peut toujours être entendu comme témoin assisté par la Cour de justice de la République. La justice se demande toujours pourquoi celui qui était alors ministre du Budget «a donné son feu vert à la conclusion des contrats controversés, contre l’avis de son administration».

L’arbitrage Tapie

Trois juges du pôle financier enquêtent sur cet arbitrage qui a accordé 403 millions d’euros à Bernard Tapie en juillet 2008 pour régler son vieux litige avec le Crédit Lyonnais sur la vente d’Adidas. Les magistrats soupçonnent une entente illicite, un «simulacre d’arbitrage» pour favoriser l’homme d’affaires, avec l’aval de l’exécutif de l’époque.

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L’enquête démontre que Bernard Tapie s’est rendu plusieurs fois à l’Elysée avant la sentence litigieuse et les juges pensent que Claude Guéant, qui était à l’époque secrétaire général de l’Elysée, a servi d’intermédiaire pour organiser l’arbitrage. L’ex-chef de l’Etat, lui, nie avoir joué un rôle dans l’affaire.

Les sondages de l’Elysée

Un juge enquête, depuis début 2013, sur la régularité des contrats conclus, sans appel d’offres, entre l’Élysée et neuf instituts de sondage sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy, notamment avec la société Publifact de son conseiller Patrick Buisson. Les sondages questionnant notamment sa relation avec Carla Bruni ou encore la popularité de Dominique Strauss-Kahn n’étaient pas tous en lien avec le fonctionnement de l’Etat français.