Grève chez Air France: La bataille aérienne s’intensifie entre les pilotes et la direction

SOCIAL Le principal syndicat de pilotes a tiré à boulets rouges ce lundi sur le PDG d’Air France-KLM, Alexandre de Juniac...

Nicolas Beunaiche

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Le sNPL, syndicat majoritaire, a refusé la proposition de la direction d'Air France. Au centre: Jean-Louis Barber, président du SNPL Air France.
Le sNPL, syndicat majoritaire, a refusé la proposition de la direction d'Air France. Au centre: Jean-Louis Barber, président du SNPL Air France. — E.FEFERBERG / AFP

L’«ultime» proposition d’Alexandre de Juniac, le PDG d’Air France-KLM, n’aura pas suffi à couper les ailes des pilotes. Malgré l’annonce de la suspension jusqu’en décembre du projet de développement de la filiale à bas coût Transavia, au cœur du conflit depuis huit jours, le syndicat majoritaire chez les pilotes a annoncé ce lundi qu’il ne renonçait pas à son mouvement de grève. Que se passe-t-il dans le ciel français? Décryptage.

Pourquoi les syndicats ont-ils refusé l’accord?

Depuis huit jours, les syndicats représentant les pilotes s’inquiètent du risque de «délocalisation» de l’emploi français induit par la création de filiales de Transavia en Europe, notamment au Portugal et en Allemagne. Ce lundi, la direction du groupe, soutenue par le gouvernement, a donc annoncé une «suspension» du projet, «le temps d’ouvrir un dialogue approfondi» avec les partenaires sociaux à partir de jeudi et jusqu’à la fin de l’année.

Mais pour le premier syndicat de pilotes d’Air France, le SNPL AF Alpa, l’annonce «n’est qu’un écran de fumée». «Alexandre de Juniac prépare la mise à mort de Transavia France pour pouvoir créer un Transavia bis à l’échelle européenne qui avalerait les filiales française et hollandaise», a ainsi accusé Jean-Louis Barber, le président du syndicat.

Que réclament désormais les pilotes?

Lundi, le SNPL AF Alpa, qui représente 70% des pilotes, a fixé le cap: «obtenir le retrait pur et simple du projet Transavia Europe». S’il est favorable au développement du low-cost au sein d’Air France, le syndicat craint en effet qu’il se fasse au détriment des salariés français de l’entreprise. «Nous demandons donc à la direction de se concentrer sur Transavia France», explique Jean-Louis Barber.

Dans cette structure, «les pilotes formeraient un groupe unique sous contrat unique, envisage-t-il, ce qui favoriserait la flexibilité et leur permettrait de monter indifféremment dans un avion Air France ou Transavia». Mais de son côté, Alexandre de Juniac martèle qu’accorder aux pilotes Transavia «des conditions d’Air France» mènerait la nouvelle compagnie low-cost «à l’échec».

Jusqu’où peut durer le conflit?

Le mouvement, qui a démarré le lundi 15 septembre, est bien parti pour dépasser les dix jours de conflit de 1998. «La grève se poursuivra jusqu’à ce que de réelles négociations aient lieu», a d’ailleurs promis Jean-Louis Barber, du SNPL AF Alpa. Pour le moment, son syndicat a voté la poursuite du mouvement jusqu’à vendredi (à 80%). Le préavis du deuxième syndicat, le Spaf, court, lui, jusqu'à mercredi, comme celui d'Alter (non représentatif).

Plus inquiétant encore pour la direction, cinq syndicats représentant les diverses catégories de personnel d'Air France (la CGT, le SNPNC-FO, l'Unac, l'Unsa et SUD-Aérien) se sont joints aux pilotes pour exiger le «retrait sans conditions» de Transavia Europe. Si Alexandre de Juniac a déclaré que le conflit n’avait «plus de raison d’être» et «devrait s’arrêter», la météo s’annonce donc un peu plus orageuse que cela chez Air France.

Dans sa volonté d’élargir le mouvement, le président de la section Air France du SNPL a, en outre, appelé Manuel Valls à intervenir. «Nous ne doutons pas que le Premier ministre aura à cœur de préserver l’emploi français quand il comprendra les dessous du projet», a-t-il avancé. Le soutien de Matignon est toutefois loin d’être acquis puisque ce lundi, le Premier ministre a de nouveau plaidé pour un arrêt de la grève «le plus vite possible».