VIDEO. Grève chez Air France: Les pilotes sont-ils des privilégiés?

SOCIAL Les pilotes d’Air France ont entamé une grève ce lundi, ce qui relance le débat sur leur rémunération...

Anissa Boumediene

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Grève à Air France le 15 septembre 2014.
Grève à Air France le 15 septembre 2014. — LCHAM/SIPA

En désaccord avec les conditions d'expansion de Transavia, la filiale à bas coûts d’Air France, les pilotes de la compagnie ont entamé une grève ce lundi, avec en ligne de mire les contrats de travail des pilotes du groupe Air France, que la direction souhaite cloisonner. En clair: bien qu’ils appartiennent au même groupe, la direction fait signer un contrat différent à ses pilotes selon qu’ils sont aux commandes d’un avion estampillé Air France, Transavia ou Hop, la filiale régionale, avec à la clé des différences de salaires et de conditions de travail.

«C’est normal que l’on soit bien rémunéré»

Les pilotes d’Air France sont catégoriques: pas question pour eux de rogner sur leur salaire, comme l’affirme Julien Duboz, porte-parole du Syndicat des pilotes d’Air France (SPAF), qui, avec le Syndicat national des pilotes de ligne (SNPL), a lancé l’appel à la grève. «Notre métier demande beaucoup de rigueur, on se soumet à une formation et une sélection très exigeantes, c’est normal que l’on soit bien rémunéré», estime-t-il. «On a un salaire à la hauteur de nos responsabilités», abonde Guillaume Schmid, du SNPL. «C’est facile de nous taper dessus en pointant nos salaires du doigt, c’est très franco-français», poursuit-il. «Mais les surcoûts d’exploitation chez Air France ne s’expliquent pas par notre rémunération: nous avons le même salaire horaire que les pilotes des autres compagnies», assure-t-il.

Pourtant le groupe accuse de sérieuses pertes financières, probablement 100 millions d’euros en 2014. Travailler plus, les pilotes d’Air France sont d’accord, eux qui volent entre 100 et 150 heures de moins par an que les autres pilotes français, dont ceux de Transavia. Mais à condition de gagner plus. Les syndicats plaident pour un contrat unique pour tous les pilotes du groupe aux commandes d'avions de plus de cent passagers. «Faire du low cost, on est pour depuis longtemps, mais il n'est pas question qu'un pilote Air France passe chez Transavia avec un salaire amputé», estime Guillaume Schmid.

Une compétitivité plombée par les salaires

«Le secteur du transport aérien est une industrie extrêmement compétitive. Puisque la plupart des frais des compagnies sont globalement les mêmes, comme le carburant, la compétitivité se fait forcément sur les coûts salariaux», analyse François Collet, expert en économie du transport aérien et directeur de Collet Consulting.

Pour gagner en compétitivité, être concurrentielle, la compagnie doit baisser les salaires des pilotes», poursuit-il. «Du fait de leur puissance syndicale, ce sont des nantis. Ils sont très bien payés depuis longtemps mais le contexte a évolué, la concurrence n’est plus la même qu’il y a quarante ans», explique François Collet. «Cette grève ne mène nulle part. Les syndicats ne voient que les intérêts à court terme des personnels concernés», commente-t-il.

Une grève «corporatiste» et «indécente»

Au micro de RTL, le numéro un de la CFDT Laurent Berger a qualifié cette grève de «corporatiste» et «indécente». Des paroles «surprenantes», estime Guillaume Schmid, qui considère que les pilotes «se battent pour la survie d’Air France». De son côté, Laurent Berger préfère mettre en avant la situation des autres salariés du groupe. «Les personnels au sol de la CFDT sont exaspérés, a-t-il ajouté. Parce que ça fait deux ans que cette compagnie est en redressement, avec des efforts des uns et des autres, et que là, les pilotes ne veulent pas participer aux efforts».

Le SNPL (majoritaire) a appelé à la grève reconductible jusqu'au 22 septembre; le Spaf, deuxième syndicat et Alter (non représentatif) jusqu'au 18. Une grève d'une semaine serait le plus long conflit mené par des pilotes d'Air France depuis 1998.