Prévention routière: Les conducteurs de deux-roues motorisés jouent avec le feu

SECURITE ROUTIERE Le Baromètre Axa prévention paru ce mardi souligne le paradoxe des conducteurs de deux-roues motorisés, qui sont conscients des dangers de la route mais continuent à prendre des risques...  

Delphine Bancaud

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Marseille le 16 mai 2011 - Illustration sur les 2 roues qui circulent parmi les voitures dans un embouteillage
Marseille le 16 mai 2011 - Illustration sur les 2 roues qui circulent parmi les voitures dans un embouteillage — P.MAGNIEN / 20 MINUTES

Ils se sentent vulnérables sur la route, ce qui ne les empêche pas de prendre des risques. Voilà le paradoxe souligné par le baromètre Axa prévention sur le comportement des conducteurs de deux-roues motorisés (motos et scooters) publié ce mardi.

Car 66% d’entre eux déclarent se sentir moins en sécurité qu’il y a dix ans. «Une perception réaliste, car les conducteurs de deux-roues motorisés (2RM) sont en effet les plus vulnérables sur la route», souligne Eric Lemaire, président d’Axa Prévention. En 2013, ils représentaient en effet 2% du trafic routier, mais 25% des tués, selon la Sécurité routière. La même année, 25.000 conducteurs de 2RM ont aussi été blessés lors d’accidents nécessitant l’intervention des forces de l’ordre.

L’obsession de gagner du temps

Fait étonnant: au lieu d’imputer leur vulnérabilité aux automobilistes, la moitié des conducteurs de 2RM estiment qu’ils sont les usagers de la route qui conduisent le plus dangereusement. «Ils font preuve de lucidité car ils ont conscience que leurs pratiques peuvent perturber les automobilistes. Par exemple, dans les embouteillages ils peuvent avoir des comportements plus risqués (changement de file, vitesse…)», commente Eric Lemaire.

Parmi leurs incartades sur la route, la vitesse arrive en premier dans la liste. Car plus de la moitié des 2RM reconnaissent qu'il leur arrive de rouler à 65 km/h en ville (59% des motards, versus 50 % des scootéristes). Et ils sont 41% à avouer qu'il leur arrive de rouler à 160/170 km/h sur autoroute (46% de motards et 17% des scootéristes). «Dans leur volonté de gagner du temps et d’échapper à l’engorgement du trafic, ils utilisent leurs capacités plus forte d’accélération et leur agilité en ville», analyse Eric Lemaire. Leurs pratiquent évoluent néanmoins positivement puisqu'ils étaient 62% à rouler à 160/170 km/h sur autoroute en 2004 et 73% à 65 km/h en ville.

Ca n’arrive qu’aux autres

Leur autre talon d’Achille reste l’usage imprudent du portable. Car 23% des 2RM reconnaissent qu’il leur arrive de téléphoner en conduisant et près d’un tiers d’entre eux n’utilisent pas le kit mains libres lorsqu’ils le font. «Pourtant, sur la route, la probabilité d’avoir un accident est multipliée par trois lorsqu’on téléphone en conduisant et multiplié par 23 lorsqu’on envoie un SMS. Mais là encore, ils flirtent avec le danger», souligne Eric Lemaire.

Enfin, si la consommation de psychotropes avant de prendre la route reste une pratique minoritaire chez eux, les statistiques sur ce point sont néanmoins inquiétantes. Ainsi 15% des 2RM avouent prendre la route après avoir bu 4 à 5 verres d’alcool et 15% des scootéristes rouler sous l’emprise du cannabis. «Même si les contrôles d’alcoolémie sont fréquents et que des nouveaux tests salivaires pour détecter la consommation de cannabis vont être expérimentés, certains conducteurs de 2RM estiment qu’ils peuvent passer entre les gouttes et qu’ils n’auront pas d’accident», souligne Eric Lemaire. D’où la nécessité selon lui, de poursuivre les campagnes de sécurité routière qui leur soient spécifiquement dédiées.

 

*Enquête réalisée par TNS Sofrès du 12 au 27 décembre 2013 auprès d’un échantillon national représentatif de conducteurs de 2RM âgés de 18 ans et plus.