Ferme des 1.000 vaches: Démarrage de l'exploitation après l'arrivée des premiers bovins

AGRICULTURE Les opposants au projet dénoncent un «passage en force»...

20 Minutes avec AFP

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Manifestation contre le projet de ferme dite des 1.000 vaches à Drucat, dans la Somme, le 1er juillet 2014
Manifestation contre le projet de ferme dite des 1.000 vaches à Drucat, dans la Somme, le 1er juillet 2014 — François Nascimbeni AFP

Les 150 premières vaches laitières du projet controversé de ferme dite des 1.000 vaches à Drucat, près d'Abbeville (Somme), sont arrivées dans la nuit et la première traite a déjà eu lieu ce samedi matin, marquant le démarrage de l'exploitation, a annoncé la direction, au grand dam des opposants.

«Ce matin, la ferme dite des 1.000 vaches (...) a accueilli une première partie de son troupeau. 150 des 500 vaches ont ainsi rejoint l'étable dans un climat serein, après un transfert organisé durant la nuit afin de garantir la sécurité des hommes et le confort des animaux», déclare-t-elle dans un communiqué, confirmant l'arrivée des bovins qu'avait dénoncée un peu plus tôt l'association locale des opposants au projet, Novissen.

«L'installation des vaches, comme la première traite qui a eu lieu à 7h, se sont déroulées dans le respect du bien-être animal, l'un des principes fondateurs de ce projet», a déclaré le directeur de l'exploitation, Michel Welter.

Des discussions toujours en cours pour l'accès routier

Venu sur place avec d'autres adhérents, le président de Novissen, Michel Kfoury, s'est indigné de ce qu'il a qualifié de «passage en force», alors que Novissen avait déposé le 5 septembre un référé en suspension d'exploitation devant le tribunal administratif d'Amiens. Des questions relatives à l'accès routier à la ferme sont en outre toujours en discussion entre les promoteurs du projet et le conseil général de la Somme, et la clôture définitive n'est pas installée, a-t-il souligné.

«J'avais rencontré jeudi la nouvelle préfète de la Somme (Nicole Klein, ndlr) et rien de ce qui ressortait de notre conversation ne laissait présager un début d'exploitation imminent. Elle m'avait parlé d'une "évolution" concernant la baisse de la puissance du méthaniseur» prévu dans ce projet pour traiter les digestats et produire de l'électricité, a-t-il ajouté.

Sur ces points, Michel Welter a rétorqué: «Il y a déjà des barbelés et les travaux de clôture définitive vont commencer lundi.» Quant à l'aménagement routier -le «tourne à gauche»- qu'impose le trafic supplémentaire prévisible des véhicules sur la D928 située sur l'axe Rouen-Lille longeant la ferme, «les discussions sont effectivement en cours avec les services départementaux de l'équipement, mais il y a moins d'urgence puisque le projet est pour l'instant limité à 500 vaches», a-t-il estimé.

Quant au lancement de l'exploitation, «il s'imposait pour des raisons techniques», a-t-il affirmé. «Le maïs produit autour du site de la ferme était déjà ensilé et les autres sites de nos associés n'avaient presque plus de fourrage», a-t-il expliqué.

Mobilisation des opposants

Le projet sans précédent par sa taille en France, et auquel est farouchement opposée, outre Novissen, la Confédération paysanne, a été lancé il y a six ans par Michel Ramery, fils d'agriculteur picard et industriel du BTP à la retraite, agissant aujourd'hui à titre d'exploitant agricole.

Le permis d'exploitation n'autorise pour l'instant que 500 vaches laitières, plus quelques centaines de génisses. Les installations ont cependant été dimensionnées pour accueillir 1.000 vaches en cas d'autorisation d'agrandissement, qui dépendra notamment du plan d'épandage des déchets de la ferme.

Les six agriculteurs associés dans la SCL Lait Pis Carde, entité porteuse du projet, se sont félicités du démarrage de l'exploitation. «Ce mode d'exploitation apporte une des réponses d'avenir à la filière française du lait, dont 37% des exploitations ont disparu entre 2000 et 2013», souligne Lucie Morgand, l'un de ces associés, dans un communiqué.

La Confédération paysanne a cependant dénoncé un acte «illégal», et prévenu que la «mobilisation» qui s'est «immédiatement organisée, allait grossir pendant les heures qui viennent».

«L'Etat doit prendre ses responsabilités pour empêcher une traite illégale au lieu de protéger cet industriel (Michel Ramery) qui s'octroie tous les droits!» s'emporte dans un communiqué l'organisation syndicale, qui s'indigne que la gendarmerie ait protégé l'opération nocturne.

Vers 10h, une trentaine d'adhérents de Novissen, dont le maire de Drucat, Laurent Parsis, en écharpe tricolore, étaient rassemblés dans le calme sur le chemin de la ferme, mais en en bloquant l'accès, a constaté un journaliste de l'AFP.