«N'importe quel jeune peut basculer vers le djihad»

SOCIETE Aujourd'hui, «ils arrivent à faire basculer un jeune qui va bien, scolarisé et sans problèmes familiaux», estime Dounia Bouzar, anthropologue et directrice du Centre de prévention contre les dérives sectaires liées à l'islam...

20 Minutes avec AFP

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Dounia Bouzar est anthropologue du fait religieux
Dounia Bouzar est anthropologue du fait religieux — MARTIN BUREAU / AFP

«N'importe quel jeune peut aujourd'hui basculer vers le djihad», une radicalisation qui touche depuis peu de plus en plus de jeunes filles, s'inquiète Dounia Bouzar, anthropologue et directrice du Centre de prévention contre les dérives sectaires liées à l'islam.

Quel est le profil de ces jeunes, candidats au djihad ?

Âgés de 14 à 21 ans, ils viennent de tous les milieux sociaux. Sur les 120 demandes d'aide que nous avons reçues, 80% des jeunes sont issus de familles athées et 70% d'entre eux n'ont aucun lien avec l'immigration. Il y a dix ans, les radicaux arrivaient à faire basculer des jeunes fragilisés. Aujourd'hui, ils ont amélioré leurs techniques. En mélangeant la modernité d'internet, les images subliminales des jeux vidéo, les techniques d'endoctrinement propres aux sectes et l'Islam, ils arrivent à faire basculer un jeune qui va bien, scolarisé et sans problèmes familiaux. En jouant la carte de l'humanitaire, ils touchent depuis janvier de plus en plus de filles, des bonnes élèves qui souhaitaient s'engager pour les autres.

Quel est le processus d'endoctrinement et comment le détecter ?

Le basculement naît de la rencontre entre un jeune très sensible qui se pose des questions sur les injustices et un discours qui le transforme en sauveur de l'humanité. L'endoctrinement débute presque systématiquement par internet et notamment sur les réseaux sociaux. L'exaltation de groupe est d'abord virtuelle et donc discrète. Très souvent, leur première rencontre physique avec un djihadiste n'a lieu qu'après leur départ pour la Syrie. Les parents doivent être sensibles aux signes de rupture concrets. Le jeune refuse de voir ses anciens amis en disant qu'ils ne sont pas dans le vrai, arrête ses activités extra-scolaires ou interrompt sa scolarité. Lorsqu'il y a rupture sociale sous prétexte religieux et entrave aux droits de l'enfant de raisonner et de s'amuser, les parents doivent le signaler.

Que conseillez-vous aux parents ?

Il est d'abord essentiel de bloquer le départ de l'enfant, en lui interdisant la sortie du territoire. La plateforme de signalement a apporté une aide concrète à des familles qui jusque-là se sentaient coupables et démunies. Nous conseillons de ne surtout pas chercher à raisonner le jeune car cela ne ferait que renforcer l'autorité des prédateurs. Il faut leur rappeler de bons souvenirs, passer par l'affect et tenter de remobiliser l'individu que les radicaux ont cherché à gommer. Lorsque l'enfant est parti, en revanche, cela devient très compliqué. Ils se mettent souvent à réciter comme des robots et semblent parfois ne plus rien ressentir pour leurs proches. Certains s'auto-déradicalisent et rentrent. Si les garçons parviennent à fuir, les filles sont immédiatement séquestrées. A ce jour, on compte une vingtaine de jeunes Françaises dans ce cas-là.