Disparues de l'A6: Que sait-on du meurtre de Christelle Blétry?

FAITS DIVERS 18 ans après les faits, le principal suspect a reconnu avoir tué la jeune étudiante en 1996...

Mathieu Bruckmüller

— 

Photo d'archives non datée de Christelle Blétry, tuée de plusieurs dizaines de coups de couteau, et dont le corps a été retrouvé le 28 décembre à Blanzy (Saône-et-Loire)
Photo d'archives non datée de Christelle Blétry, tuée de plusieurs dizaines de coups de couteau, et dont le corps a été retrouvé le 28 décembre à Blanzy (Saône-et-Loire) — AFP

Il est passé aux aveux. L'homme mis en examen et écroué jeudi pour le meurtre de Christelle Blétry en 1996 à Blanzy (Saône-et-Loire), a reconnu les faits au cours de sa garde à vue, a indiqué vendredi le procureur de Chalon-sur-Saône, Christophe Rode, lors d'une conférence de presse. Que sait-on aujourd’hui de ce drame? 20 Minutes fait le point.

Que s’est-il passé le 28 décembre 1996?

Christelle Blétry, 20 ans, était étudiante dans un lycée agricole à Verosvres (Saône-et-Loire). Elle rentrait à pied, vers minuit, à son domicile après une soirée passée avec des amis. De son côté, le principal suspect avait passé la fin de journée avec des collègues de travail, selon le procureur. En retournant chez lui après avoir bu, il dit avoir croisé «par hasard» Christelle Blétry. Il l’a forcée à monter à bord de son véhicule. Elle a cherché à fuir. Le suspect a alors pris un couteau avant de la poursuivre. Elle a été retrouvée assassinée de 123 coups de couteau par un postier le lendemain à la sortie de Blanzy, en contrebas d'un chemin forestier près d'un étang. L'autopsie n'avait révélé aucune trace de violence sexuelle.

Qui est le principal suspect?

Il s’agit d’un ouvrier agricole et père de famille, âgé de 56 ans. Il a été interpellé à son domicile dans les Landes, à Retjons près de Mont-de-Marsan, «il y a trois jours», et il a «reconnu le meurtre au cours de sa garde à vue» après l'avoir d'abord nié. D’après le procureur, juste après avoir tué Christelle Blétry, «il est rentré chez lui et a repris sa vie jusqu’en 2004». Cette année-là, il a été condamné à deux ans d’emprisonnement pour tentative d’agression sexuelle sous la menace d'un couteau, dont un avec sursis et mise à l'épreuve. Il passe six mois derrière les barreaux, quitte la région et refait sa vie sans difficulté dans les Landes, selon les enquêteurs. «C'est quelqu'un qui a réussi à cliver complètement son existence, à mener une vie normale. Aucun indice ne laissait supposer qu'il avait commis un meurtre en 96», a déclaré le procureur. Lui-même ayant semble-t-il «totalement occulté les faits».

Pourquoi a-t-il fallu attendre 18 ans avant de coincer le meurtrier présumé?

Depuis 1996, «le dossier n'a jamais été clôturé», «les faits n'ont jamais été prescrits» et «les investigations n'ont jamais cessé», a souligné le procureur. En 18 ans, elles ont donné lieu à des centaines de procès-verbaux, 150 auditions dont une quinzaine de suspects et plusieurs expertises génétiques. Sans succès jusqu'alors. Et c'est grâce «à l'évolution des techniques d'identification par l'ADN» que «de nouvelles expertises ont été lancées en 2014» sur la base de «l'intégralité des scellés».

«Le laboratoire a pu déterminer un profil génétique complet, fiable», a précisé Christophe Rode. Les comparaisons avec le fichier ADN national ont permis d'identifier une personne fichée depuis 2004 à la suite d'une condamnation pour tentative d'agression sexuelle. Les progrès de la science ont donc permis de confondre le suspect. 

«Je suis anéantie. La vérité tellement espérée est arrivée, brutale mais enfin. Aujourd'hui mes pensées sont uniquement à ma fille Christelle et à mon mari», a dit au Nouvel Observateur Marie-Rose Blétry, la mère de Christelle, par ailleurs présidente de l'association qui porte le nom de sa fille. Celle-ci rassemble les mères des jeunes filles assassinées le long de l'A6.

Quid des autres «disparues de l'A6»?

L'affaire dite des «disparues de l'A6» concerne la disparition, en Saône-et-Loire, entre 1986 et 1997, de 14 jeunes femmes, mortes ou disparues commis en Saône-et-Loire entre 1986 et 1999. Christelle Blétry était l’une d’entre elles. Pour Maître Didier Seban, avocat de la famille Blétry, «l'homme qui vient d'être confondu a pu être interpellé parce qu'il a commis une agression sexuelle pour laquelle il a été condamné en 2004. On peut s'interroger sur d'autres faits. Nous allons demander l'examen du parcours du suspect au regard des autres dossiers». Les mères de l'association ont tenu une conférence de presse ce vendredi en début d'après-midi à Blanzy.

Mots-clés :