«Mon père me trait de put! Je veu en finir…»: Quand la lutte contre le suicide passe par le chat

REPORTAGE «20 Minutes» a passé une soirée avec les bénévoles de SOS Amitié qui viennent en aide, via un service de chat en ligne, aux jeunes en détresse…

Vincent Vantighem

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Paris, le 08 septembre 2014. Une bénévole de l'association SOS Amitié vient en aide aux jeunes en détresse via un chat en ligne.
Paris, le 08 septembre 2014. Une bénévole de l'association SOS Amitié vient en aide aux jeunes en détresse via un chat en ligne. — VINCENT VANTIGHEM / 20 MINUTES

«Est-ce que vous êtes réel?» Derrière son écran, Hélène* ne peut s’empêcher d’esquisser un sourire. Bénévole pour SOS Amitié, elle commence à avoir l’habitude de devoir répondre à cette question posée par les jeunes qui sollicitent de l’aide via le service de chat en ligne.

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En 2013, 3.800 personnes ont cliqué sur la petite fenêtre qui permet d’être mis en relation, anonymement, avec un des 70 «écoutants chat», tous les jours de 19h à 23h. C’est 20 % de plus qu’en 2012. «Essentiellement des jeunes pour qui parler oralement est plus difficile, témoigne Hubert*, un autre bénévole. Surtout des jeunes filles qui évoquent des violences physiques et psychologiques…»

«Mon père me trait de put!»

Jasmine est de celles-là. Après avoir expliqué qu’elle n’était pas un «robot», Hélène découvre, effarée, l’histoire de cette lycéenne qui s’affiche sous ses yeux en style SMS. Une relation sentimentale difficile, des rapports familiaux compliqués – «mon père me trait de put!»- et cette conclusion terrible: «Je veu en finir…»

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«La règle, c’est ni conseil, ni jugement, témoigne alors Hélène tout en relançant la jeune fille. On est dans l’empathie. Il faut savoir écouter et desserrer l’angoisse en commençant par reconnaître la souffrance de l’autre.

«Vous êtes toujours là?»

Justement, après avoir confié à Jasmine que son histoire était «terrible», la conversation instantanée s’interrompt brusquement. «Vous êtes toujours là?», interroge l’écoutante. Au bout d’une très longue minute, un petit «wi» s’affiche enfin.

«D’habitude, on me dit que c ma faute, poursuit la jeune fille en détresse. Par exemple, je suis première de ma classe et personne ne ma félicité.» Hélène saisit la perche au vol. Elle salue le travail effectué et explique à Jasmine qu’elle a besoin d’aide. Sortant un grand classeur, elle indique alors les coordonnées de plusieurs associations. «Et n’hésite pas à revenir vers nous si besoin…»

La fenêtre Internet se ferme. Derrière elle, de petites icônes se mettent à clignoter comme autant d’appels à l’aide. La soirée d’Hélène ne fait que commencer.

*Les prénoms ont été changés

La réalité du suicide des jeunes en chiffres

Le suicide est la première cause de mortalité des 25-34 ans (20 % du total des décès dans cette tranche d’âge). Le taux de mortalité liée au suicide est ainsi de 6,4 pour 100.000 habitants chez les 15-24 ans et de 12,2 pour 100.000 habitants chez les 25-34 ans.

Dans son rapport, SOS Amitié estime que 44 % des appelants via le chat ont moins de 25 ans. Ils sont 20 % à évoquer le suicide contre 1,9 % par téléphone.