A qui bénéficient en priorité les places en crèche?

FAMILLE Une étude de l'Ined parue ce mercredi bat en brèche certaines idées reçues sur les attributions de places en crèche...

Delphine Bancaud

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Paris le 31 février 2012, dans une crèche collective à Paris.
Paris le 31 février 2012, dans une crèche collective à Paris. — A. GELEBART / 20 MINUTES

C’est le mode de garde préféré des Français, mais il reste un privilège. Selon une étude de l’Ined rendue publique ce mercredi, 16 % des enfants encore non scolarisés étaient accueillis en crèche en 2011. Anne Solaz, coauteur de l’étude, explique à 20 minutes quels enfants ont le plus de chance d’y avoir accès.

Les citadins

Selon l’Ined, «les places en crèche sont beaucoup plus fréquentes dans les grandes métropoles et en particulier à Paris, où leur nombre atteint 38 pour 100 enfants de moins de trois ans tandis que la moyenne nationale n’est que de 16». Des inégalités territoriales qui pénalisent les mères des zones rurales, comme le souligne Anne Solaz: «Elles se tournent vers les assistantes maternelles et si elles n’en trouvent pas, elles renoncent à travailler en attendant que leur enfant soit scolarisé en maternelle». Une situation qui s’explique notamment par des facteurs économiques «car les crèches sont surtout développées dans les zones où les femmes travaillent, à savoir les grandes villes», précise-t-elle. Par ailleurs, le coût d’une place en crèche reste souvent «difficile à supporter pour les petites communes», selon l’Ined.

Les enfants nés en début d’année

C’est un facteur chance qui est responsable d’inégalités. «Les bébés qui sont nés entre janvier et avril ont plus de chance d’avoir accès aux crèches car celles-ci se vident d’un tiers de leurs effectifs en septembre en raison des entrées en maternelle. Les parents cumulent généralement différents congés en attendant de pouvoir les mettre en crèche à la rentrée», explique Anne Solaz. De plus, selon l’Ined «rares sont les municipalités qui réunissent les commissions d’attribution de places en crèche au cours de l’année; elles le font habituellement deux à trois fois par an».

Les bébés des familles nombreuses

Les jumeaux et les triplés sont plus fréquemment accueillis en crèches que les autres enfants. Le rang occupé dans la fratrie joue aussi, car le troisième enfant a plus de chance d’obtenir une place que le premier ou le deuxième. «C’est sans doute dû à une volonté d’aider les mères à continuer une activité professionnelle», analyse Anne Solaz. Selon l’Insee, 55 % des femmes cessent ainsi de travailler au moins un mois lorsqu’elles ont un troisième enfant.

Et alors que la monoparentalité est censée être un critère prioritaire pour l’attribution d’une place en crèche, les enfants issus de ces familles ne sont au final, pas favorisés. «Ils ont autant de chances que les autres bambins d’y être accueillis. Peut-être est ce dû au fait que les mères seules demandent moins activement ce mode de garde en raison des horaires des crèches ou parce qu’elles n’accueillent pas les enfants malades?», s’interroge Anne Solaz.

Les enfants de femmes actives… mais pas seulement

Contrairement aux idées reçues, le fait d’avoir un emploi n’est pas une condition sine qua non pour obtenir une place en crèche. L’Ined révèle ainsi que les mères au chômage sont surreprésentées parmi les parents qui obtiennent le Saint Graal. «Car lorsqu’une femme se retrouve au chômage, elle ne perd pas pour autant la place en crèche pour son enfant. Par ailleurs, certaines municipalités donnent un coup de pouce aux travailleuses précaires pour les aider à trouver un emploi stable», indique Anne Solaz.

Les enfants de parents étrangers

Selon l’Ined, «les structures d’accueil collectif des jeunes enfants semblent favoriser la mixité d’origines migratoires bien que ce critère ne soit pas affiché». Car les enfants de mères étrangères sont plus fréquemment accueillis en crèche que ceux de parents français. «Cela tient sans doute à la volonté de ces mères et directeurs de crèches de faire profiter aux enfants d’un encadrement francophone», explique Anne Solaz.

Les bambins des fonctionnaires

Ils sont proportionnellement plus nombreux que les bébés de salariés du privé à être accueillis dans ces structures. «Cela s’explique notamment, par le grand nombre de crèches dans le secteur hospitalier», indique Anne Solaz.