Polémique à la Cnaf: Les 100.000 nouvelles places en crèches menacées?

ENFANCE L’objectif fixé par le gouvernement en 2013 pourrait être remis en cause par des mesures d’économies...

N.Beu.

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Une crèche le 6 avril 2010, à Paris.
Une crèche le 6 avril 2010, à Paris. — LIONEL BONAVENTURE / AFP

Un vrai Cnaf-arnaüm. Au lendemain de la polémique sur la «réduction» du budget alloué à la Cnaf (Caisse nationale d’allocations familiales) dans le cadre du Fonds national d’action sociale (Fnas), qui finance notamment la création de places en crèche, le président du conseil d’administration de l’organisme, Jean-Louis Deroussen, et son directeur général, Daniel Lenoir, se sont efforcés d’éteindre l’incendie ce mardi matin. L'objectif de créations de 100.000 places en crèche menacé par des mesures d'économies? Pas du tout, selon eux.

En réalité, tout ceci ne serait qu’incompréhension. Au lieu d’une diminution du budget, il vaudrait en effet mieux parler d’un «rebasage» -comprendre un nouveau calcul du budget qui tient compte du niveau de dépenses de l’organisme l’année précédente. La Cnaf ayant dépensé, en 2013, 243 millions d’euros de moins que le montant qui lui était alloué, son autorisation de dépenses a donc été revue à la baisse jusqu’en 2017, justifie Daniel Lenoir. «Une simple opération budgétaire» habituelle, selon lui. Et le directeur général, suivi par Jean-Louis Deroussen, de réaffirmer l’objectif de créations de 100.000 places en crèche d’ici à 2017. «Il n’y a aucun risque pour les investissements prévus ou les dépenses de fonctionnement», veut ainsi rassurer Daniel Lenoir, qui évoque seulement un «report» de certaines créations de places.

Des berceaux à prix d’or

Pourtant, si le niveau de dépenses a été si peu élevé en 2013, c’est majoritairement à cause de la faiblesse des investissements dans le secteur de l’enfance. Sur les 11.000 créations de places en crèche prévues, seules 6.000 ont été décidées. Un chiffre faible que Daniel Lenoir explique en grande partie par des effets conjoncturels, comme la signature tardive de la convention entre l’Etat et la Cnaf, trois mois plus tard qu’en 2009, ou encore les municipales, qui ont freiné les projets de financement des communes. En clair, rien d’alarmant.

Derrière son optimisme, la Cnaf s’inquiète cependant de la forte hausse du coût d’une place en crèche, qui a presque doublé en dix ans. Entre 2000 et 2013, le coût d’investissement dans un berceau est ainsi passé de 18.000 euros à 34.000 euros (+89%), quand la participation de la Caisse, elle, n’a grimpé que de 6.600 euros à 8.800 euros (+33%). Un vrai problème pour les collectivités locales, à qui revient la charge de régler la différence, dans un contexte économique très difficile. «On se pose la question d’augmenter ou non notre participation», a d’ailleurs assuré Daniel Lenoir, précisant que la Cnaf allait d’abord lancer une étude pour connaître les raisons précises de cette évolution des prix.

Seulement, pour augmenter sa participation, la Cnaf aura besoin de moyens. Dans l’hypothèse où l’idée devait être retenue, elle pourrait donc également affecter l’objectif de 100.000 nouvelles places en crèche. Si Jean-Louis Deroussen l’a maintenu ce mardi, il admet dans le même temps que «les prévisions de dépenses entre 2014 et 2017 nous amènent à nous interroger». L’Etat rectifiera-t-il à nouveau le tir si le budget du Fnas est entièrement utilisé en 2014? «Il faudra mettre cela sur la table», avance-t-il. A l’inverse, si les objectifs n’étaient pas atteints, la Cnaf pourrait aussi bien voir le gouvernement rogner de nouveau sur ses crédits. Une hypothèse qui pourrait, cette fois, enterrer définitivement les 100.000 créations de places en crèche.