Les jeunes conducteurs bientôt privés d’alcool au volant?

SÉCURITÉ ROUTIÈRE Un rapport confidentiel, auquel «Le Parisien» a eu accès, propose de limiter le taux autorisé pour les conducteurs novices à 0,2 g/l de sang au lieu de 0,5 g actuellement...

B. de V.

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Après un mois de juillet exceptionnel, une nouvelle baisse de la mortalité a été enregistrée sur les routes en France en août (3,3%), 328 personnes ayant perdu la vie, soit 11 de moins qu'un an plus tôt, a annoncé lundi la Sécurité routière.
Après un mois de juillet exceptionnel, une nouvelle baisse de la mortalité a été enregistrée sur les routes en France en août (3,3%), 328 personnes ayant perdu la vie, soit 11 de moins qu'un an plus tôt, a annoncé lundi la Sécurité routière. — Philippe Huguen AFP

Une mesure contestée avant même son annonce? Les plus jeunes conducteurs en France pourraient se voir imposer un taux maximal d'alcool dans le sang plus restrictif.

C'est ce que mentionne un rapport d'évaluation de la politique de sécurité routière remis en juillet au ministère de l'Intérieur mais jusqu'ici tenu secret, que Le Parisien s’est procuré. Les inspections générales de l'administration, de la gendarmerie et de la police nationale y suggèrent de «retenir un taux de 0,2 g/l de sang (au lieu de 0,5 g/l) pour les conducteurs novices de moins de deux ans».

«La réduction de l'alcoolémie admise pour les conducteurs novices a un sens»

Il est communément admis qu'un verre fait monter le taux de 0,15 à 0,30 g selon la corpulence. Cela revient donc à dire que même avec un seul verre, certains pourraient se retrouver dans le rouge.

«Compte tenu du manque d'expérience des conducteurs novices, de leur taux d'accident et de l'impact sur les temps de réaction d'une alcoolisation même légère, la réduction de l'alcoolémie admise pour les conducteurs novices a un sens», souligne ce rapport.

Retrait de six points?

«En 2013, les conducteurs de 18 à 24 ans ayant consommé de l'alcool étaient impliqués dans un accident sur deux entre minuit et 6 heures du matin, le samedi et le dimanche », s'alarmait en début d'année Manuel Valls, alors ministre de l’Intérieur.

Estimant que «les actions d'éducation et de prévention routière sont conséquentes mais insuffisantes pour les 16-24 ans», les auteurs du rapport reconnaissent que cette réduction du taux légal d'alcool « serait vraisemblablement mal perçue par les conducteurs novices qui y verraient une restriction de leur liberté». Les auteurs du rapport se demandent par ailleurs si, «en cas d'alcoolémie entre à 0,2 g/l et 0,5 g/l, il convient de retirer six points de permis, soit de fait la totalité du permis pour les novices de moins d'un an».

Un modèle copié sur nos voisins européens

Cette mesure ne fait d'ailleurs pas l'unanimité auprès de certaines associations de sécurité routière qui rappellent que «dans plus des deux tiers des accidents mortels impliquant un conducteur ivre, l'alcoolémie est supérieure à 1,5 g/l». «Le taux de 0,2 g/l correspond à une quasi-absence de consommation d'alcool dans la soirée et non à une limitation de cette consommation», souligne ce rapport.

Rappellant que le Luxembourg, l'Irlande, la Grèce ou le Portugal ont déjà mis en œuvre cette mesure tandis que l'Allemagne, la Suisse et l'Italie appliquent la tolérance zéro alcool pour les automobilistes n'ayant que deux à trois ans de permis.