Le CHU de Clermont ouvre un bar à vins pour les patients en fin de vie

SANTE Ce n’est pas parce que les malades sont en phase terminale qu’ils n’ont pas le droit à quelques petits plaisirs…

Vincent Vantighem

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Le CHU de Clermont-Ferrand va ouvrir un bar à vins dans le service de Soins Palliatifs
Le CHU de Clermont-Ferrand va ouvrir un bar à vins dans le service de Soins Palliatifs — JUSTIN SULLIVAN / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Concentrée sur les soins à apporter aux patients, Virginie Guastella n’a pas encore eu le temps d’ouvrir les cartons arrivés en masse depuis cet été dans son bureau. Mais la chef du service «Soins palliatifs» du CHU de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) sait déjà qu’ils contiennent quelques grands crus de vin, plusieurs bouteilles de champagne et même quelques flasques de whisky. Ce mardi soir, lors d’une conférence, ce médecin présentera aux familles des patients et au personnel soignant son projet d’ouverture de bar à vins.

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«Ce ne sera pas un bar traditionnel avec un zinc, des tabourets et des cacahuètes, sourit un de ses proches. L’idée est d’avoir une cave où stocker des bonnes bouteilles afin d’en faire profiter les patients qui en font la demande…»

Après dix ans passés auprès de patients en situation palliative, Virginie Guastella n’en peut plus d’entendre dire: «De toute façon, il va mourir. Il n’y a plus rien à faire.» «Nous sommes dans la continuité de la vie chez ses patients. Les petits plaisirs sont encore accessibles, confie-t-elle à 20 Minutes. Cela permet de sauvegarder le patient diminué dans sa dimension humaine.»

«En fin de vie mais surtout en vie…»

Et ils sont nombreux, au crépuscule de leur existence, à réclamer au personnel soignant, une dernière gorgée de vin ou de bière et quelques bouchées d’un plat dont le souvenir leur est cher. Ou tout simplement de pouvoir faire chabrot.

«Jusqu’ici, l’infirmière sortait alors au supermarché du coin acheter une bouteille de vinasse. Mais le plaisir n’était pas vraiment au rendez-vous», poursuit un salarié du CHU. «Souvent, ces patients ont perdu l’appétit, explique Catherine Le Grand-Sébille, socio-anthropologue de la Santé qui participe à ce projet. Certes, ils sont en fin de vie. Mais ils sont surtout en vie… Leur offrir cette possibilité, c’est leur offrir le partage et le goût.»

L’omelette aux cèpes et la cigarette au soleil

Auteure d’une étude sur le sujet menée à partir de 200 entretiens, la sociologue se souvient avec émotion d’une omelette aux cèpes dont lui ont parlé une dizaine de patients du CHU de Bordeaux. «Pour une fois, ils ont partagé un repas avec le personnel et les familles, raconte-t-elle. Cela leur a rappelé tellement de souvenirs.»

Car c’est bien souvent de souvenirs dont il est question. Celui de la coupe de champagne prise avec un mari tous les week-ends. Ou même de la cigarette fumée sur la terrasse de la maison familiale. «Quand ce n’est pas incompatible avec l’état de santé, nous devons proposer aux patients de sortir leur lit pour qu’ils puissent fumer une cigarette au soleil», poursuit ainsi Catherine Le Grand-Sébille.

Faire tache d’huile

Vivifiant pour le moral, apaisant dans les relations avec les familles et le personnel soignant, ce genre de petites attentions apporte bien plus qu’il ne coûte. «Plusieurs familles m’ont dit qu’elles étaient favorables à l’euthanasie en arrivant dans le service de soins palliatifs, poursuit Catherine Le Grand-Sébille. Mais après avoir vu ce qu’il était possible de faire, elles sont revenues sur leur jugement…»

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Virginie Guastella, elle, entend bien décliner le concept dans son service avec des projets autour de la musique, de l’aromathérapie et pourquoi pas de l’œnologie. «J’espère que cela fera tache d’huile et que d’autres institutions feront preuve de la même humanité.» C’est parti pour. Alors qu’il n’est même pas encore lancé, son projet de bar à vins a déjà suscité l’intérêt d’autres CHU de France.