Procès Magnotta: Le délicat casting des jurés démarre cette semaine au Canada

JUSTICE Le dépeceur de Montréal doit être jugé à partir du 22 septembre pour l’assassinat de son ex-petit ami…

William Molinié
— 
Luka Rocco Magnotta, un ancien acteur porno accusé d'avoir tué et dépecé en mai dernier son petit ami chinois, a assisté lundi, immobile et impassible, à une première audience qui a porté sur la présence des médias, que ses avocats veulent réduire à néant.
Luka Rocco Magnotta, un ancien acteur porno accusé d'avoir tué et dépecé en mai dernier son petit ami chinois, a assisté lundi, immobile et impassible, à une première audience qui a porté sur la présence des médias, que ses avocats veulent réduire à néant. — Atalante AFP

Qui va juger Luka Rocco Magnotta? Environ 1.600 jurés candidats, simples citoyens canadiens, se rendent au palais de justice de Montréal à partir de ce lundi. Parmi eux, quatorze, dont deux substituts, seront sélectionnés pour devenir les membres du jury. Ils vont décider de l’avenir judiciaire du dépeceur de Montréal dont le procès hors norme doit s’ouvrir le 22 septembre prochain.

Ces quatorze jurés vont être choisis durant les deux prochaines semaines. Par groupe de 400 à partir de ce lundi, ils vont se succéder devant le juge Guy Cournoyer et les avocats. Ces derniers recherchent des profils bien particuliers. Tout d’abord, ils doivent être bilingues. Ensuite, ils doivent pouvoir être en mesure de regarder la vidéo extrêmement trash du meurtre. Filmées par Magnotta, les images sont insupportables. On y voit l’ancien acteur porno tuer et découper froidement son ex-petit ami, un étudiant chinois nommé Jun Lin.

Des jurés sélectionnés, pas tirés au sort

Le casting des jurés répond à des règles de droit bien précises. Contrairement à la procédure française d’assises, on ne peut pas parler de «tirage au sort». Les jurés doivent «être capables d’agir de façon impartiale se fondant uniquement sur la preuve entendue devant le tribunal et non pas sur les informations qu’ils auraient pu avoir l’écho par la presse», explique, contacté par 20 Minutes, Jean-Pascal Boucher, porte-parole du directeur des poursuites criminelles et pénales.

Comment ne jamais avoir entendu parler de cette affaire, aux retentissements internationaux? «C’est évidemment impossible. Mais la sélection, en présence des avocats, se fait surtout sur l’honnêteté des personnes. On leur pose des questions pour connaître leur sentiment sur l’affaire. Pour récuser un juré, il faut un motif raisonnable et justifié», complète Me Stephan Oualli, pénaliste au barreau de Montréal et de Paris.

Magnotta est devenu obèse

En mai 2012, le tueur avait envoyé quelques restes du corps de la victime à un parti politique avant de prendre la fuite en France, à Paris, notamment dans le quartier des Batignolles (17e), déclenchant alors une importante chasse à l’homme, mettant en scène Interpol. Il avait finalement été arrêté à Berlin dans un cybercafé.

Au début de l’été, des confrontations ont été organisées par la justice canadienne avec des témoins français et allemands. L’un d’entre eux, qui a vu récemment Magnotta, a rapporté à la radio RTL qu’il avait énormément grossi. «Physiquement, il a bien pris 40 ou 50 kilos. Il est obèse», a-t-il raconté. «C’est quelqu’un qui ne montre aucune émotion, il était stoïque.»

Le procès Magnotta est prévu pour durer huit semaines.