Drame de Moernach: «Ce type de bouffée délirante aiguë est imprévisible»

ENTRETIEN Alors que le frère aîné aurait avoué avoir tué sa sœur à Moernach, Hélène Romano, docteur en psychopathologie, décrypte les ressorts du fratricide…

Propos recueillis par Vincent Vantighem

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Moernach, le 2 septembre 2014. Des gendarmes sortent de la maison où une petite fille de onze a été tuée à l'arme blanche.
Moernach, le 2 septembre 2014. Des gendarmes sortent de la maison où une petite fille de onze a été tuée à l'arme blanche. — SEBASTIEN BOZON / AFP

La thèse du rôdeur vêtu de noir n’aura donc pas tenu 24 heures. Selon plusieurs sources proches de l’enquête, l’adolescent de 15 ans, en garde à vue depuis mardi soir dans le cadre du fait divers sanglant de Moernach (Haut-Rhin), a avoué jeudi être l’auteur du crime.

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C’est donc lui qui, à l’aide d’une arme tranchante et contendante, aurait tué sa petite sœur âgée de 11 ans et grièvement blessé son frère de 8 ans, en l’absence de ses parents. Docteur en psychopathologie au CHU Henri Mondor de Créteil (Val-de-Marne), Hélène Romano décrypte les ressorts du fratricide pour 20 Minutes

Les fratricides sont-ils rares?

Le passage à l’acte criminel au sein de la fratrie est quelque chose d’exceptionnel. Il y a trois cas de figure. Le premier est celui de l’accident non intentionnel. Le second relève d’un comportement agressif motivé bien souvent par une vengeance.

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Le dernier se produit dans le cadre de ce que l’on appelle les «bouffées délirantes aiguës». On semble être dans ce dernier cas de figure avec l’affaire de Moernach.

Qu’est ce qui vous permet de le dire?

Les éléments donnés par le procureur de la République. Il a décrit un jeune homme, extrêmement confus, dérouté, tenant des propos peu cohérents. Les proches ont également assuré que ce jeune homme était calme et socialisé. Je pense donc que l’adolescent a été victime de ce type de bouffée délirante.

De quoi s’agit-il exactement?

En psychologie, on a l’habitude de parler de tempête dans un ciel serein pour utiliser une image. C’est quelque chose de très rapide, de très bref et d’extrêmement violent. Il n’y a pas de signes précurseurs à ce type de bouffée délirante. C’est-à-dire qu’un jeune habituellement calme et posé peut, d’un seul coup, devenir ultra-violent. Il vit alors un état de dépersonnalisation. Il est débordé par une autre personnalité.

L’addiction aux jeux vidéo peut-elle expliquer cet état?

Pas à elle seule. Même si cela a peut-être intensifié les choses. On ne peut pas dire, tant que les expertises psychiatriques ne seront pas réalisées, si son discernement était altéré ou aboli. Ce que l’on sait en revanche, c’est que ce genre de comportement touche des enfants adaptés et socialisés. Nous ne sommes pas ici dans le cas d’enfants en retrait.

Ce type de comportement peut-il se produire à l’âge adulte?

Ça peut arriver. Il y a, dans la vie, plusieurs moments de fragilité psychique. L’adolescence en est un. La grossesse en est un autre. Ensuite, cela dépend de chacun. J’ai soigné une femme que le compagnon a tenté de dévorer sans raison. Il l’a attaqué brusquement en la mordant à la carotide. ‘’Ce n’était pas lui. On aurait dit qu’il était possédé. Il était très confus et affabulait’’, m’a-t-elle raconté.

Comment une famille peut-elle supporter ce genre de faits-divers?

Bien souvent, c’est l’incompréhension totale qui domine. Et puis la haine vis-à-vis de l’enfant qui a tué l’un de ses frères ou sœurs. C’est insupportable. Dans ce genre de cas, on s’aperçoit que les pères ont souvent un sentiment définitif. Ils pardonnent ou pas mais ne changent plus de sentiment. Les mères, elles, sont plus dans un aller-retour entre haine pour ce qui a été commis et amour de leur enfant.