Travail: Quand les nouvelles technologies nuisent à votre santé

SOCIETE Plus d'un Français sur deux continue à travailler pendant ses vacances...

Thibaut Le Gal

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Illustration de smartphone.
Illustration de smartphone. — A.Wong/AP/SIPA

«Les prisonniers du boulot. N’font pas de vieux os», chantait Henri Salvador en 1965. A l’heure du numérique, les paroles prennent encore plus de sens.

Les Français sont de plus en plus nombreux à ne pas déconnecter du travail pendant leurs temps de repos. La CGT des ingénieurs, cadres, et techniciens (UGICT-CGT) lance jeudi une campagne pour «le droit à la (dé) connexion». «Les chiffres du temps de travail hebdomadaire, 39h30 pour les salariés et 44 heures pour les cadres, sont sous-estimés car de très nombreux salariés reconnaissent utiliser les nouvelles technologies de communications et d’informations pour usage professionnel en dehors de leur temps de travail», explique Sophie Binet, secrétaire générale adjointe du syndicat.

Une relation fusionnelle avec les nouvelles technologies

Une étude publiée mardi par Tripadvisor dévoile par exemple que nous sommes 58 % à vérifier notre messagerie professionnelle durant nos vacances. Une habitude qui s’explique par notre relation fusionnelle avec les nouvelles technologies. «Elles se sont immiscées dans notre existence de manière continuelle quand elles sont devenues portatives. On a notre smartphone dans notre poche, on y a donc accès partout, cela crée la tentation. Même lorsqu’on est à l’autre bout de la France, consulter ses mails est devenu un réflexe», explique Elizabeth Rossé, psychologue spécialisée dans les nouvelles technologies.

«Parallèlement à ça, on remarque qu’il y a de moins en moins de frontières claires et distinctes entre la sphère personnelle et professionnelle. Les gens prennent leur billet de train depuis leur poste de travail, et dans le même temps vont répondre à leurs collègues le week-end. Internet offre aux utilisateurs le don d’ubiquité», poursuit Elizabeth Rossé.

Attention au burn-out

Cette dépendance au travail par le biais des nouvelles technologies comporte des risques. «Il vaut mieux éviter par exemple de consulter les écrans interactifs comme les tablettes ou les smartphones avant de se coucher car contrairement à l’écran de télévision, ils sont beaucoup plus stimulants intellectuellement. Cette hyperactivité peut empêcher de trouver le sommeil», avance Michael Stora, psychologue et psychanalyste spécialisé dans les mondes numériques.

«L’outil virtuel peut aussi provoquer par le flux de demandes ou d’informations un stress important», ajoute-t-il. Le besoin de «couper» est nécessaire pour éviter d’en accumuler. «On a tendance à penser qu’il y aurait un mauvais stress et un bon stress. Mais les deux sont sources de problèmes d’ordre psychosomatique. On ne peut pas vivre éternellement avec le stress comme unique moteur. Un moment il y a un risque de burn-out», prévient Michael Stora.

Workaholic, drogué de travail

L’idée commence à faire son chemin au sein des entreprises. En avril dernier, un accord de branche instaurait «un droit à la déconnexion». Cet accord, signé par la Fédération Syntec (métiers de l’ingénierie, du numérique, des études et de conseil), la Cinov (métiers de la prestation intellectuelle du Conseil) et la CFDT et CFE-CGC évoquait pour la première fois l’obligation de décrocher des outils informatiques pour respecter la durée légale de repos minimal.

Attention, pour certains, l’investissement extrême au travail cache un problème bien plus grave. «Pour ce qu’on appelle parfois les workaholic, le travail est une sorte de drogue. L’addiction traduit la peur du vide. Se déconnecter, revient en quelque sorte à mourir.» La vie, ce n’est pas que le travail. Alors pensez à vous déconnecter!