Une mère récupère en Turquie sa fille enlevée par son père, djihadiste présumé

SOCIETE Le père avait enlevé la fillette avant de partir en Syrie…

20 Minutes avec AFP

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Mériam Rhaiem, dont le mari a emmené la fillette en Syrie, donne une conférence de presse à Lyon, le 22 mars 2014
Mériam Rhaiem, dont le mari a emmené la fillette en Syrie, donne une conférence de presse à Lyon, le 22 mars 2014 — Jeff Pachoud AFP

Mériam Rhaiem, une jeune mère dont la fille de deux ans avait été enlevée par son père qu'elle soupçonne d'être parti faire le djihad en Syrie, a récupéré son enfant en Turquie après onze mois de séparation.

La mère et la petite Assia, âgée de 28 mois, sont arrivées dans la nuit de mardi à mercredi sur la base aérienne de Villacoublay (Yvelines), où elles ont été accueillies par le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve, a constaté un journaliste de l'AFP.

Depuis le 14 octobre 2013, quand le père de la fillette ne l'avait pas ramenée à sa mère après avoir passé la journée avec Assia comme tous les lundis, Mériam Rhaiem luttait pour la récupérer, exhortant les autorités françaises à reconnaître le statut d'otage pour sa fille.

Retour en Turquie

La petite Assia avait selon elle été emmenée par son père en Syrie, où il était selon Mériam Rhaiem parti combattre aux côtés d'un groupe djihadiste.

C'est finalement en Turquie que Mériam Rhaiem a pu récupérer son enfant. Le père y a été arrêté le week-end dernier en Turquie en compagnie de sa fille et s'y trouve depuis «en rétention», selon l'entourage du ministère français de l'Intérieur, qui avait pris en main le dossier.

Accueil à Villacoublay

Plusieurs membres du cabinet de Bernard Cazeneuve qui étaient en contact régulier avec Mériam Rhaiem, des policiers et un médecin avaient pris place à bord du Falcon affrété par le ministère pour aller récupérer mère et fille.

L'appareil s'est posé vers 02H15 à Villacoublay. Tenant son enfant emmitouflé dans une couverture beige, au côté de son avocat qui avait également pris place à bord de l'appareil, Mériam Rhaiem n'a pas fait de déclaration.

«C'est un moment de très grande émotion à l'occasion de l'arrivée de Mériem Rhaiem et de sa fille Assia, après des mois d'attente, d'épreuves pour cette jeune femme qui s'est beaucoup battue pour retrouver sa fille enlevée dans les conditions que l'on sait», a pour sa part salué Bernard Cazeneuve.

«Combat admirable»

«Je peux vous dire l'immensité de sa joie et de son soulagement après le combat admirable qu'elle a mené avec le gouvernement français à ses côtés», a fait valoir le ministre, qui s'est entretenu avec la jeune femme.

Face à la presse, Bernard Cazeneuve a remercié les autorités turques pour leur action, confiant avoir téléphoné à son homologue lundi soir pour faciliter le retour d'Assia et de sa mère.

«Nous nous sommes entretenus de la situation et les autorités turques ont fait tout ce qu'elles pouvaient pour que ce dénouement heureux soit possible», a-t-il salué.

Le ministre n'a en revanche donné aucun élément sur la situation ou le parcours ces derniers mois du père d'Assia, un Franco-Tunisien sous le coup d'un mandat d'arrêt international.

Pas d’élément sur le parcours du père

En mars, le jeune mère avait exhorté les autorités françaises à reconnaître Assia «comme la plus jeune otage française car oui, c'est une otage», avait-elle lancé lors d'une conférence de presse, à Lyon, en présence de son avocat Me Gabriel Versini-Bullara.

La jeune femme, qui habite l'Ain, disait avoir la certitude que son ex-époux se trouvait en Syrie. Après avoir emmené leur fille, il avait rejoint la Turquie par la route d'où il avait appelé Mériam Rhaiem régulièrement, lui demandant de le rejoindre. Il avait aussi annoncé son intention de passer la frontière turco-syrienne avec leur fille pour rejoindre le Front al-Nosra, groupe djihadiste en lutte contre le régime de Bachar al-Assad.

Selon Me Versini-Bullara, l'époux de Mériam Rhaiem s'était «radicalisé après un voyage à La Mecque», demandant par exemple à sa femme de porter le voile, lui reprochant de travailler ou lui interdisant de faire écouter de la musique à leur enfant.